la foire aux gogos
Posté le 06.09.2007 par vivelagauche
Les français sont des veaux aurait dit De Gaulle, un jour, exaspéré qu’il devait être par le comportement rebelle de ses concitoyens. J’ai toujours eu un haut le cœur à entendre un grand homme exprimer sur les autres un jugement conditionné par un sentiment de supériorité et une forme de mépris condescendant. Alors je n'ai pas, moi qui ne suis ni chef, ni général, ni meneur d’hommes, le droit de penser par moments que les français sont des gogos à un point qu’on a du mal à imaginer. Et pourtant ce qui se passe durant cette rentrée 2007 est tellement stupéfiant que cela peut secouer bien des convictions.
Dans un désir légitime de réduire la dépense publique (louable intention vu l’état du budget, de la dette, etc.) le gouvernement s’attaque à la dépense occasionnée par les fonctionnaires.
Ce choix est-il de bon sens comme le scande haut et fort sur toutes les estrades l’hyper- président ? Le budget de la nation est absorbé à 50% par la fonction publique ? Un fonctionnaire coûte en moyenne et tout compris 35.000 euros environ. On en supprime 100.000 on économise 3,5 milliards, 1.000.000, 35 milliards. Mais si on supprime la moitié des fonctionnaires on n’aura plus d’armée, de police, d’éducation nationale, d’administration pénitentiaire etc. Diminuer le nombre des fonctionnaires n’est qu’un moyen parmi d’autres pour réduire les dépenses et cela ne sera pas le plus efficace. On pourrait donc se demander logiquement si des économies ne sont pas à faire aussi sur l’autre moitié des dépenses (équipements, aides aux entreprises,etc.). De plus comme l’a expliqué Sarkozy lui même durant le débat avec Ségolène Royal, le gouvernement ne peut agir sur les fonctions publiques hospitalière et territoriale (en tout plus de deux millions de personnes). Il s’attaque donc à la fonction publique d’état dans laquelle l’éducation compte pour un million et le reste pour un million et demi. Mais il le fait de manière simpliste, brutale, en coupant « à la louche » sur la base d’un critère sans valeur rationnelle, ne reposant ni sur des études d’impact ni sur des projets de modernisation et de gains de productivité, non c’est juste un slogan incantatoire, dogmatique, choisi pour sa force sémantique, sur son évocation première du partage, du couper la poire en deux, du manteau de Saint Martin, du moitié moitié, « un fonctionnaire sur deux ». La réalité ne peut être aussi simple, elle ne se plie pas à un slogan. Malgré son acharnement à le tenir le gouvernement ne le respecte pas à la lettre, de son propre aveu. Du gouvernement d’un pays moderne comme la France, avec tout ce que la nation comporte de cadres, d’experts, de cerveaux, on attendait une véritable réforme structurelle de l’état avec un plan de modernisation des pratiques administratives (refonte des procédures, informatisation à outrance, interconnexion des fichiers, etc. ), de réorganisation des collectivités territoriales ( redistribution des rôles, diminution des instances..), etc. On attendra. On attendra peut être les travaux de quelques commissions opportunément nommées. Ce n’est donc pas pour demain. Cette mesure ridicule dans sa conception touche le public, elle est populaire. Non pas qu’elle soit pertinente, les calculs sur l’économie réalisée montrent qu’on est loin du compte vu l’étendue des déficits et de la dette ? Non sa popularité tient à une hostilité sournoise de la population à l’encontre des fonctionnaires. Le chômage a fait d’eux des privilégiés de l’emploi stable (même s’il est arraché par un concours difficile et mal payé) assurés qu’ils étaient de garder leur emploi. La droite et les médias n’ont pas manqué de les décrire à longueur d’interventions, d’articles, de discours comme des nantis paresseux, dans le but évident de dresser les catégories sociales les unes contre les autres et de détourner toujours l’attention des dominés (pauvres ou aisés) de leurs véritables adversaires les riches très riches financiers, actionnaires ou banquiers qui dominent de très haut la société actuelle. De plus les fonctionnaires sont le bras armé de la puissance publique. Le sentiment qui s’exprime contre eux c’est aussi le ressentiment à l’égard de l’état tout puissant et peu compatissant. Cette hostilité contre les fonctionnaires est un indicateur évident de la déception éprouvée dans les relations nouées avec les services publics. Si nous n'aimons pas les profs, les agents du fisc, les policiers, c’est tout simplement que nous les avons rencontrés sur notre route,investis de l’autorité publique et qu’ils se sont opposés à nos désirs à nos pulsions ou à nos rêves. C’est tout le refoulé des frustrations subies qui s’exprime quand on parle d’eux alors qu’ils ne sont le plus souvent que les exécutants zélés des politiques publiques décidées par les élus et le gouvernement.
Mais ce qui est caricatural, énorme, colossal c’est la campagne lancée par le gouvernement relayée à l’envi par les médias. Après avoir décidé de diminuer le nombre d’enseignants en l’absence de toute réforme pour régler le problème de la pénurie ainsi crée le gouvernement a inventé le problème de la surcharge scolaire.
Encore une idée simple qui fera fureur, il suffit de décréter que les horaires d’enseignement sont trop longs, qu’il faut absolument réduire la durée du temps scolaire pour avoir la baguette magique qui fera coïncider besoins et moyens. C’est vraiment trop facile, trop génial ! Bravo l’artiste !
Réduire les horaires après une analyse fine aurait pu avoir un sens. Une telle étude aurait conduit à les réduire là et à les allonger ici. Encore aurait-il fallu trancher entre les matières, les niveaux, les formations ! Mais s’agit –il de cela? On ne cherche pas à faire dans la finesse, dans la dentelle, dans le détail ! Non que non ! On cherche le slogan bien gras, bien gros qui suffira à faire basculer l’opinion dans le sens voulu.
Cette manière d’enchaîner en si peu de temps les thèmes, et à chaque fois de sortir du chapeau le bon slogan (fonctionnaires, enseignants, horaires), c’est ça qui est énorme et qui exige des français une propension spéciale à avaler des bobards avec une grande souplesse.
Il n’y a pas six mois que l’on parlait d’échec scolaire, de soutien, de renforcement des moyens et voilà que du jour au lendemain, non, il faut réduire le temps scolaire pour que les choses aillent mieux.
C’est décidément trop fort !
Alors entendre à la radio et voir à la télé les journalistes, les experts, les parents, les Monsieur Madame tout le monde y aller chacun de son couplet sur les lourdeurs du système actuel des horaires, la critique du collège unique, de tout et de rien, avec le sentiment de faire œuvre utile et de dire des choses intelligentes parce que dans le vent du pouvoir ! Voir tous ces gens contribuer ainsi à l’œuvre de démolition qui s’annonce, programmée par un pouvoir si malin, c’est trop ! A tous les gogos qui avalent des couleuvres, hypnotisés qu’ils sont par le charmeur Isnogoud, le grand prestidigitateur aux mains vides, il faut crier danger ! Danger ! Danger ! Réveillez vous donc ! La France est dans les mains d’un comité de démolisseurs qui s’attaquent au compromis social de manière très désordonnée. Le prix à payer sera plus lourd que ce que chacun croit à ce jour.
L’histoire ne s’écrit jamais à l’avance et les calculs malins du gouvernement seront peut être déjoués in fine par son incompétence. Car nos dirigeants restent persuadés de la véracité de leur credo libéral. Détruire l’état sans trop y regarder et satisfaire la cupidité du patronat leur semble toujours la bonne recette de la prospérité collective. Hélas en économie, il n’y a pas de morale, si les pauvres consomment trop de produits importés quand on augmente leur pouvoir d’achat, les riches font des placements risqués à l’étranger quand on les rémunère grassement. Beaucoup se lamenteront sous peu, qui aujourd’hui ne se sentent même pas concernés. Après la foire aux fonctionnaires ce sera le tour des travailleurs contractuels dont on « rénovera » le statut. Quand à tous les seniors qui ont plébiscité ce pouvoir, ils le regretteront aussi comme les autre, car cette droite cupide ne les oubliera pas longtemps dans son œuvre de destruction des acquis sociaux.
Le système éducatif comme les autres services publics a besoin de réformes sérieuses mais il faut tout redouter d’un remède de cheval. Voilà le collège unique enterré sans autres formes de procès. Tout le monde sait depuis longtemps que le collège est le maillon faible du système éducatif mais supprimer le collège unique ou le réformer sont deux discours très différents qui représentent des choix politiques majeurs et opposés. La réforme du collège aurait du déboucher sur une autonomie, une équipe motivée, un élargissement des activités proposées aux élèves et une orientation par profils et non par l’échec. Sa suppression ouvre clairement la porte à des filières différenciées dés le départ. Il y aura donc des voies d’excellence destinées aux fils de bourgeois et les autres où s’entassera la future main d’œuvre à bas salaire de la France de demain. La régression du système éducatif n’est pas une invention française, elle se pratique dans d’autres pays. Ceux qui ne la croient pas possible sont décidément bien naïfs. L’enseignement à deux vitesses progressivement introduit produira ses premiers effets dans dix ans le temps pour NS de faire deux mandats. Tranquillement !
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Titiflo77!
Posté par
Titiflo77 le 09.09.2007
Excellent cet article!
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