un peu moins d’école
Posté le 28.09.2007 par vivelagauche
Semaine de 4 jours, samedi matin libre, allègement des programmes. On ne peut pas dire que les géants qui nous gouvernent n’aiment pas les enfants et ne veulent pas leur faire plaisir. Car qui pourrait douter qu’un peu moins d’école ne sera pas bien accueilli par les enfants. Peut être les parents doivent –ils travailler plus pour gagner plus, mais pour les enfants c’est plutôt étudier moins pour… savoir moins? Il paraît que non, encore une astuce gagnant, gagnant que les mauvais esprits ne voudraient pas comprendre. Avec les rythmes scolaires revus et corrigés, les études techniques des rythmes de vie et on ne sait quoi encore, on prouve par a plus b que les enfants apprendront mieux. Il suffit de le croire pour simplifier la vie de tout le monde :
Les professeurs d’école qui auront leur week-end complet. Les parents qui sont libres le samedi, auront deux jours pleins avec les enfants. Un jour de transport en moins allègera la facture déplacements de tous. Et puis les enfants libérés feront du piano, du sport, des « z’activités » d’éveil diverses et variées, toutes payantes et de préférence organisées pour les enfants des classes bourgeoises. Pour les autres il y a les halls d’immeubles, les cages d’escalier, la télé et le déplacement au supermarché avec les parents.
Il faut bien reconnaître que l’organisation urbaine actuelle fait des transports une servitude pénible et que pouvoir s’en dispenser un jour dans la semaine est une bénédiction pour tout le monde. Comme on ne manquera pas de pédiatres, de spécialistes, de psychologues et de professionnels en tous genres pour expliquer que les enfants se sentiront mieux pourquoi se priver d’un samedi matin tranquille ?
Et il est vrai que la vie associative, sportive et familiale demande du temps. Une demi journée supplémentaire dans la semaine permettra à nombre d’activités de mieux s’organiser.
Mais on ne peut quand même que s’inquiéter de cette baisse du temps scolaire qui insidieusement réduit le contenu et les obligations de l’école publique. Cela fait une place progressive aux compléments privés, aux cours de soutien et autres et met en place très tôt dans la vie des enfants, une discrimination des prestations dont chacun bénéficie pour se former. Or tout le monde peut comprendre que les différences éducatives de la jeune enfance qui interviennent au moment où se construit l’intellect pèseront lourdement sur le développement cognitif ultérieur et traceront des avenirs bien différenciés à des enfants ayant eu à priori, à leur naissance, des aptitudes identiques.
Derrière une réforme somme toute sympathique c’est toute une stratégie de désengagement progressif de l’état qui s’exprime. Tous les arguments avancés servent en fin de compte à réduire l’ambition scolaire. Pourtant, il n’y a pas si longtemps un autre ministre s’en prenait aux professeurs d’école et à la méthode de lecture en les sommant de faire un effort de modernisation et d’abandonner la méthode globale au profit de la méthode syllabique encensée par des travaux récents de recherche pour combattre l’analphabétisme rampant qui s’installe(ce n'est pas sûr) en France. Tout ça est donc maintenant moins grave ou bien nous démontrera -t-on à l’improviste que les parents sont de meilleurs apprenants pour faire progresser les chères têtes blondes vers un niveau correct ?
Bon, compte tenu de ces réflexions on peut postuler que la proposition de Darcos sera plébiscitée. Néanmoins elle soulève un autre problème essentiel. Comment accepter que sur l’organisation de l’emploi du temps hebdomadaire, il faille encore un oukase ministériel qui impose une solution uniforme sur l’ensemble du pays, une solution qui s’applique de la même manière dans les écoles des banlieues parisiennes où les gens ont trois quart d’heure de transport en commun dans leur journée, et dans les écoles des villages de deux cent habitants où l’on va à pied en cinq minutes d’un point à l’autre.
Il faut décidément que les français soient encore imprégnées des mauvaises habitudes d’un état centralisé à outrance pour ne pas se rendre compte que la décision « moderne » du ministre serait de donner en la matière carte blanche à chaque école pour que les parents et les enseignants organisent le temps scolaire à leur guise. Qu’une coordination de ces décisions soit organisée au niveau de l’agglomération passe encore mais au delà, cela témoigne tout simplement du retard démocratique de la société française où le principe de subsidiarité n’est jamais appliqué.
Comment les libéraux qui nous gouvernent et qui se plaignent sans cesse des rigidités de la société ne se rendent –ils pas compte que la souplesse et l’adaptabilité sociales passent aussi par la liberté de décider au plus prés des gens des modes de fonctionnement et d’organisation ?
Pour les socialistes attachés au développement des pratiques démocratiques, férus pour certains de démocratie participative, ce mode de fonctionnement de l’état témoigne tout simplement de l’archaïsme de la pensée gouvernementale. L’organisation du temps scolaire, une fois fixées les obligations de résultats et de moyens, doit se décider par les parents et les enseignants au plus prés du terrain et l’état régulateur suprême doit cesser de se considérer comme le général en chef qui décide de tout et pour tous.
Une autre question surgit plus politique, quelles sont les intentions dernières du ministre, on peut lui prêter le désir de propager cette réduction du temps scolaire sur l’ensemble de la scolarité en particulier au collège et au lycées ou cela produira une économie substantielle en heures professeur et permettra de supprimer nombre de postes sans créer de déficit de personnels. Toute un processus pour diminuer en douceur le nombre d’enseignants, objectif secondaire d’une stratégie centrale obsessionnelle : réduire le nombre de fonctionnaires pour désendetter l’état.
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