Alain Finkielkraut et l'école
Posté le 10.10.2007 par vivelagauche
Dans l’échange paru dans le Nouvel Observateur du 4 octobre entre Bernard Henri Levy et Alain Finkielkraut, ce dernier fait encore le procès de l’école
Finkielkraut est un esprit extraordinaire qui contrairement à certains vins, vieillit mal. Alors que certaines de ses visions brillantes dans le passé témoignaient de la force de sa pensée, son obstination à insérer du droite gauche en tous lieux, ses angoisses de subversion ethnique, ses partis pris pro- israëliens et pour tout dire sa haine des arabes en font une figure de plus en plus ringarde de la droite extrême. Son désir d’en découdre avec 1968, de s’en prendre aux gauchistes, sa volonté de stigmatiser les émeutiers, tout cela finit par lui donner les traits d’un penseur caricatural ? C’est terrible pour un ex futur grand philosophe. Pourtant sur l‘école il voit juste, il a mille fois raison de penser que la transmission des savoirs ne se fait plus correctement. Mais encore là son parti pris idéologique l’entraîne à des conclusions erronées. Il est faux d’attribuer à la gauche seule la mutation de l’école et son désastre (si désastre il y a). Ce n’est pas un travers idéologique qui fonde les dérives actuelles et si seule la gauche en était responsable, le retour des ministres de droite dont un, de plus, est philosophe y aurait mis bon ordre. Or ce n’est pas le cas parce que la culture IUFM qu’il abhorre est en réalité le lot commun des élites d’aujourd’hui, droite et gauche confondues. Le relativisme, le pédagogisme, l’enfant centrisme sont des plaies de la pensée moderne et la conséquence de la société médiatique, de la société de consommation et du capitalisme. La mise de l’individu au centre et en particulier l’enfant objet d’adoration irresponsable et parfait, est un principe unanime dans la société actuelle. Cet investissement sentimental et aveugle fait obligation à l’enfant de tout réussir, il n’a pas le droit de décevoir et l’institution scolaire est tenue de pratiquer le pédagogisme le plus acharné pour assurer à tout prix sa réussite réelle ou virtuelle dans les conditions les moins difficiles pour lui. La marchandise éducation doit être un produit travaillé pour être facilement assimilé, parfaitement digeste et adapté à la croissance biologique de l’enfant. Il y a accord des parents et des institutions sur ce point. De plus dans une société médiatique ou le zapping est roi, il est expressément préconisé aux enseignants de tout faire pour que l’enfant éprouve du plaisir à participer et à se concentrer. Enfin on nie les grands maîtres, les théories, l’exemple, à chacun de se construire par lui même et pour lui même dans ce qui n’est au fond qu’une effrayante solitude mais qui est proposé comme la liberté suprême. Finkielkraut n’est pas le seul à déplorer cette mise à bas du rapport ancestral au savoir ou même la mise au placard des sages progressions pédagogiques d’il y a une trentaine d’années. Mais n’est ce pas la prégnance sociale du nivellement médiatique des talents et des valeurs culturelles qui impose sa norme et fait obligation à l’école de tout mettre sur un même plan et de se débarrasser des modèles, des théories, des synthèses pour tout ramener au spontané, à l’expérimental, au fonctionnel, à l’ici et maintenant. A la télé, le propos de l’innocent ignare est mis au même rang que celui du plus titré des savants. N’est ce pas somme toutes le même nivellement qui s’impose à l’école ?
Finkielkraut fait mine de croire que cette situation est due à une pensée de gauche qui serait laxiste, qu’il oppose à une droite rigoureuse. C’est évidemment un pieux mensonge idéologique car les conceptions sur l’éducation sont les mêmes à droite comme à gauche.
De plus dans ce pédagogisme honni, notre philosophe devrait apprendre à faire le tri car tout n’est pas à rejeter tant les contraintes qui pèsent les maîtres les ont obligés à être particulièrement créatifs.
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