Spleen du militant
Posté le 02.11.2007 par vivelagauche
C’est râlant d’entendre Attali se tailler un franc succès médiatique avec des propositions sur les régions, départements, communes qui sont pratiquement la copie conforme de propositions figurant dans un document élaboré par un groupe de travail que j’avais animé dans ma fédération du Parti Socialiste. Le document avait eu droit bien sûr à l’honneur du placard ou de la poubelle. Eh oui, le Parti Socialiste qui court derrière la rénovation n’aime pas forcément les idées nouvelles. Et toucher au fond de commerce des élus c’est se marginaliser illico. Alors voir Attali se libérer tout simplement parce qu’il travaille avec Sarkozy et avoir enfin la liberté de tenir des discours innovants et sensés, il y là de quoi décevoir bien des militants.
C’est comique de l’entendre reprendre pratiquement mot pour mot la proposition du PS sur le logement social (l’état se substitue aux communes pour construire des logements sociaux). Il faut lui reconnaître qu’il a élargi sa réflexion à l’ensemble du problème (relations entre locataires et bailleurs, mobilités des hommes et des biens) ce que le PS a absolument refusé pendant toute la campagne pour cause de rigidité idéologique incompréhensible.
Il faut souligner qu’à quelques mois des municipales on sent à gauche un découragement de mauvais aloi. Les commentaires amers sur le Parti Socialiste de la part des militants ou de l’homme de la rue, le ton désabusé des citoyens de gauche sont une alerte à la gauche, la maison est en danger. Cela d’autant plus que le climat social exécrable et la nullité du gouvernement ne profitent pas pour le moment à l’opposition.
Alors il faut sonner le tocsin car un échec du PS aux municipales aurait des conséquences tragiques, il rendrait possible la perspective d’un éclatement. Bayrou et Besancenot sont toujours à l’affût.
La pratique actuelle de François Hollande se veut pragmatique, elle verrouille assez bien l’appareil et tient la part égale entre les tendances rivales mais son manque de propositions, son ton à la fois protestataire et conciliant abandonne à leur désespoir ceux qui attendent une évolution vers des positions centristes et ceux qui souhaitent un durcissement « gauchiste ». Les masses populaires sont désabusées et désemparées.
La musiquette personnelle de Ségolène Royal qui cherche à regrouper et à entretenir la cohorte de ses partisans au sein du parti n’est pas non plus à la hauteur de la situation. Elle est devenue une personnalité incontournable mais qui ne fait pas l’unanimité. Les déchirements de la campagne sont toujours là et les arrières pensées toujours aussi violentes. Sauf qu’actuellement la maison brûle.
Les interventions de nos leaders les plus en vue sont bien trop timorées pour redonner au PS une vitalité qui lui fait défaut. Il est temps que des figures plus « carrées » tiennent des propos plus nets et se positionnement avec plus de rudesse face à un pouvoir qui a pour le moment gagné la bataille des idées dans la population. C’est lui qui fixe le calendrier et les champs d’affrontement ce qui donne du PS l’image d’une organisation sans idées s’opposant chaque fois à des actions sur la base d’une forme de frilosité idéologique. Le PS ne pourrait –il se saisir de grands combats. Par exemple sur le racisme une véritable campagne « non au racisme, oui à la laïcité» animée par le PS aurait permis de cristalliser les oppositions droite- gauche sur un sujet dans lequel les lignes de fracture sont nettes (même s’il y a des racistes à gauche et des non racistes à droite et si tout le monde se prétend antiraciste). L’épisode des tests ADN a bien montrés la force des clivages en ce domaine. La timidité du parti et ses ambiguïtés lui interdisent ce courage.
La lutte pour le pouvoir d’achat est excellente parce qu’elle focalise sur un des grands sujets d’inquiétude des français, les tracts du PS sont pour l’occasion bien reçus et mettent l’accent sur « ce qui fait mal ». Mais cette campagne n’aura aucun effet parce qu’elle n’est pas associée à des propositions de solutions qui rendent l’alternative socialiste « importante ». Donc une campagne sur « la politique de relance que la gaucher aurait fait depuis six mois » serait sans doute un bon moyen d’attirer l’attention sur l’existence d’une « autre politique ».
Il y a sans doute bien d’autres sujets sur lesquels on pourrait proposer d’agir par des campagnes médiatiques. Mais il faut le dire, le PS est actuellement en campagne électorale son seul souci c’est la bagarre interne pour les élections municipales. Malgré les dénégations de pure forme, les idées ne sont plus au centre de ses préoccupations.
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