Une réforme sympathique et chiraquienne
Posté le 15.11.2007 par vivelagauche
Les médias annoncent que l’Allemagne consentirait enfin à la mesure de baisse de la TVA dans le secteur de la restauration.
Cette réforme en apparence sympathique soulève des questions et présente des aspects contradictoires. D’une part, la baisse de cet impôt aura pour effet de rétablir l’égalité de traitement dans un secteur où les distinction subtiles entre produits « consommés sur place » et « produits emportés » a surtout pour effet de favoriser les Mac Do au détriment des troquets traditionnels. De ce point de vue, cette mesure rétablit une saine concurrence entre des secteurs dont l’objectif économique est le même. De plus une baisse des taxes pourrait avoir comme effet d’après la classique loi de l’offre et la demande de déplacer vers les restaurants une partie supplémentaire de la consommation des français. A revenu égal, le français moyen s’il va davantage au restaurant risque de délaisser d’autres postes de consommation. Lesquels ? Bien malin qui le dira !
Y aura –t –il baisse de la consommation des plats cuisinés ? Des pizzas à domicile ? Des plats à emporter ? Ou bien une augmentation de la consommation en restauration absorbant juste la marge dégagée par la baisse des prix ?
Le bilan de la mesure en emplois risque donc au total de s’avérer décevant, la création dans un secteur s’accompagnant de destructions ailleurs. De plus on n’est pas sûr du tout que la baisse de la TVA sera répercutée sur les prix, elle peut en grande partie être absorbée par une augmentation des marges des entreprises concernées ou une hausse des salaires des personnels (Peu probable). Les restaurants et bistrots ne fonctionnent pas dans un marché libre où s’appliquent à la lettre les règles de la concurrence. Il faut des licences pour s’installer et les rentes de situation sont fréquentes. Le bistrot de village ou du quartier a souvent une clientèle captive et inélastique sur laquelle une variation des prix n’aura pas d’effet significatif. Dans ce cas le bon sens pour le bistrotier est de ne rien changer à ses prix et d’empocher tranquillement le bonus fiscal.
Enfin, il faut penser aux millions de touristes qui débarquent en France chaque année. L’éloignement de leur domicile habituel en fait des consommateurs importants d’hôtels, restaurants et cafés. Pour eux la baisse de la TVA si elle est répercutée sur les prix, aura pour conséquence une réduction des coûts du voyage. On peut en espérer une meilleure attractivité de l’offre touristique. Cela entraînera – t-il une augmentation de la fréquentation ? Et compte tenu de l’impact écologique du tourisme cela est –il souhaitable ?
Certes le coût du voyage demeure un critère important dans le choix d’une destination mais pour de nombreux visiteurs qui choisissent de venir en France n’est ce pas surtout la qualité d’une offre culturelle et symbolique qui fait la différence ?
Il est donc très difficile de spéculer sur une meilleure attractivité de la destination France.
Reste aussi une question non négligeable, si les entrées TVA baissent de 3 milliards d’euros, il convient de se demander qui paiera? Dans l’état actuel des comptes publics, il est illusoire de penser que la baisse d’une recette ne se traduira pas par une élévation des impositions supportées par l’ensemble des contribuables. D’autant que les taxes acquittées par les touristes dans leur consommation locale seront à remplacer par une imposition supportée par les résidents.
Autant dire que cette réforme sympathique et chiraquienne cache peut-être quelques désagréments que l’on découvrira à l’usage, avec regret et un peu trop tard.
Enfin au moment où l’on taxe sans hésiter les malades faut-il réellement s’intéresser à ce point à la taxation des restaurants et des cafés ?
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