Travailler plus pour gagner plus ?
Posté le 02.12.2007 par vivelagauche
Faut –il en finir avec les 35 heures ?
Jacques Marseille répond lui même, sans s’en rendre compte, que c’est un faux problème, en expliquant que pendant les trente glorieuses la durée légale du travail était de 40 heures mais que les gens travaillaient facilement 5 ou 6 ou 8 heures de plus. Tout simplement le pays connaissait une croissance soutenue, le plein emploi et donc l’offre de travail était telle que tout le monde faisait des heures supplémentaires. Depuis six ans on nous explique que l’horaire légal des 35 heures est la cause de la baisse d’activité en France et du déficit de croissance. Et depuis six ans d’assouplissement en aménagement, en rabotage et quasi suppression, on assiste à un curieux ballet, le gouvernement stigmatise les trente cinq heures sans les supprimer. Il explique pourtant qu’elles nous privent de ce fameux point de croissance introuvable. Curieux pas de deux entre discours et action qui sont pour le moins contradictoires et indéfiniment répétés.
Mais si le problème était strictement inverse ? Et si finalement le faible niveau d’activité individuelle était plutôt la conséquence d’une croissance médiocre ? Et si les trente cinq heures avaient finalement joué leur rôle en répartissant sur le plus grand nombre un volume d’activité globalement insuffisant et ainsi contribué à ralentir le développement du travail à temps partiel qui a malgré tout énormément augmenté ?
On constate que dans les hôpitaux l’insuffisance de personnels face à la demande ne conduit pas les gens à travailler moins, mais au contraire à travailler davantage en accumulant des RTT que le gouvernement est incapable de purger par des congés ou par des rémunérations. Partout où la demande est forte, les gens travaillent plus quittes à accumuler RTT ou heures supplémentaires. Dire que les trente cinq heures légales sont la cause du faible niveau de l’activité est donc une affirmation discutable au moins dans une analyse par secteurs.
Faut-il réduire le coût du travail ?
Le deuxième argument qui semble déterminant pour expliquer le marasme de l’économie française est le coût du travail que l’on estime plus élevé que dans les autres pays européens. Pour la droite c’est la seule explication qui vaille. Cette position strictement idéologique est-elle bonne? On cite la Chine qui utilise massivement une main d’œuvre à bas coût pour réduire ses prix de revient et accroître sa compétitivité sur le marché mondial. Mais dans la Chine communiste d’il y a trente ans le pourvoir ne payait pas davantage le travail des forçats qui transportaient sur leur tête des paniers pleins de terre pour construire des barrages. Cela n’avait aucun effet sur le développement économique. Entre le passé et le présent, la différence ne vient pas du coût mais de la pertinence dans l’utilisation de la force de travail et du niveau technologique mis en œuvre pour maximiser la production. S’il suffisait de s’en tenir au critère de coût du travail, seuls les pays où la main d’œuvre est bon marché pourraient émerger. La réalité est à l’évidence plus complexe. Sur la scène mondiale, on observe que certains pays restent compétitifs malgré un coût élevé du travail alors que nombre de pays pauvres ne tirent eux aucun profit d’un niveau très bas des salaires. De plus même en Chine et en Inde la contribution à la production nationale de toute une partie de la population reste négligeable et on voit dans ces pays comme dans beaucoup de pays du tiers monde, l’économie divisée en deux secteurs distincts, l’un moderne dégageant des revenus importants et l’autre traditionnel maintenant les gens dans la misère. Le coût du travail y est pratiquement le même, sinon il est plus élevé dans le secteur moderne. En réalité c’est davantage les destinataires des productions et les moyens techniques mis en œuvre qui semblent faire la différence entre le secteur prospère, celui qui produit des biens destinés aux consommateurs les plus solvables avec des moyens techniques performants et le domaine traditionnel produisant pour les consommateurs les moins solvables avec des outils archaïques.
La meilleure efficacité économique consiste donc en l’utilisation de moyens techniques plus performants et plus coûteux pour satisfaire une demande solvable pour des produits plus sophistiqués de prix plus élevés.
Il se pourrait que le détournement excessif des profits au bénéfice des classes rentières couplé à l’insuffisance de l’investissement puisse constituer une partie de l’explication de notre déficit de croissance.
Si le coût du travail est devenu excessif en France, cela peut provenir aussi d’une insuffisance des qualifications professionnelles, d’un système de formation imparfait, d’un manque de mise à niveau technique des entreprises insuffisante par déficit d’investissements et d’une inadaptation progressive à la demande mondiale la plus solvable.
Travailler plus pour gagner plus ?
Sur le coût du travail le gouvernement tient d’ailleurs un discours profondément contradictoire que ne relèvent pas les médias : Si la croissance française est freinée par un niveau trop élevé des coûts, l’objectif de bon sens devrait être de les réduire c’est à dire, hélas, de produire plus « sans gagner plus ». Car « produire plus » en « gagnant plus » maintient les coûts au même niveau et n’améliore en rien la compétitivité des entreprises. Et dans ces conditions une production supplémentaire ne peut pas trouver preneur. Autrement dit si réellement le coût du travail est le vrai problème de la société française, le « travailler plus pour gagner plus » ne peut aucunement servir de levier pour relancer la croissance. Donc quelle que soient les dispositions adoptées sur les trente cinq heures, si les gens font des heures supplémentaires et en tirent de revenus supplémentaires et que le coût marginal du travail ne diminue pas, la compétitivité des entreprises ne s’en trouvera pas améliorée et ces mesures ne produiront aucun effet sur la croissance.
Il est donc parfaitement abusif de faire croire que le « travailler plus pour gagner plus » est possible toutes choses égales par ailleurs.
A défaut d’accepter le déclin caractérisé par une baisse générale des revenus réels, il faut donc d’autres moyens pour que justement la France puisse globalement travailler plus et gagner plus, car cela suppose plus de marchés, plus de clients donc une offre plus compétitive permettant un élargissement de la demande.
C’est dans la carence d’une véritable prise en considération de cet aspect du problème que l’on peut juger sans valeur le discours économique du pouvoir. Un diagnostic incomplet ne permettant pas de définir correctement les conditions d’une réussite.
Dans le domaine des insuffisances, on peut s’interroger sur l’absence d’une politique industrielle. Si les nouveaux objets de consommation (portables, écrans plats, ordinateurs, voitures, médicaments, vêtements, etc..) sont créés et produits à l’étranger, on ne voit pas comment le pays pourrait connaître une croissance économique. Quels sont les biens qui seront produits et consommés en plus grande quantité en France ? Qu’exportera –t on davantage ? Si on vend moins de vin, de blé, d’avions, de centrales nucléaires, de parfums et si on a moins de touristes en quoi consistera la croissance française ? Les biens culturels francophones se heurtent aux obstacles linguistiques. Alors de quoi sera faite cette croissance tant cherchée ? Certes chacun connaît quelques points forts, avions, centrales nucléaires et armes mais c’est en se livrant à une revue de détail très terre à terre que les pouvoirs publics mettront en évidence les conditions d’un renouveau de la croissance. On ne leur demande pas de se transformer en industriels mais de redevenir le véritable « bureau d’études » de la prospérité nationale.
Les français auraient intérêt à ne pas prendre pour argent comptant les argumentaires économique du pouvoir qui se contente pour le moment d’une approche sommaire marquée par l’idéologie. Nombreux sont les économistes sérieux qui préconisent une politique de l’offre et évoquent la nécessaire adaptation de l’outil productif à la demande mondiale solvable. Cela demandera la déclinaison d’un programme économique plus sophistiqué.
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