Le PS a –t-il besoin d’un chef ou d’un projet ?
Posté le 29.03.2008 par vivelagauche
Le PS a –t-il besoin d’un chef ou d’un projet ?
L’avenir du PS passe-t-il par Ségolène Royal ? Par Martine Aubry ? Par Bertrand Delanoë ?
Bien sûr il nous faut un chef ! Un vrai qui sache définir une ligne politique à laquelle tout le monde pourra se rallier !
Mais est ce réellement l’urgence ? Un chef conviendrait s’il produisait ne serait ce que vingt pages pour expliquer comment on sort la France de la crise actuelle.
Sur ce thème hélas, le mutisme est général et tout au plus entend on dire qu’il faut faire plus vite et mieux ce que le gouvernement fait déjà. Alors danger, les français ne changeront pas de majorité pour faire la même politique. Accepter la mondialisation, les règles actuelles européennes, le fonctionnement actuel des marchés et du capitalisme, tout cela ne conduira pas à une politique nouvelle si différente, car les contraintes seront les mêmes. Au moment où Sarkozy lui même sentant leur poids pesant sur son action a des paroles dures pour dénoncer le « capitalisme financier » qu’il oppose au « bon capitalisme des entrepreneurs », faire moins est vraiment inadmissible de la part des hommes de gauche.
Si les dirigeants socialistes espèrent être élus pour devenir les sages exécutants d’une « bonne » politique qui ne serait en somme que la politique de la droite revisitée par un « savoir faire » de gauche, ils se trompent d’avenir.
La crise française est grave
La crise est multiforme, elle est financière, due à un endettement considérable de l’Etat. Mais le véritable sujet d’inquiétude est évidemment l’atonie de l’économie et la baisse de compétitivité de l’outil de production. Elle s’aggrave maintenant à cause de la conjoncture internationale mais elle était déjà là.
Avoir considéré comme « normale » la disparition progressive du secteur industriel au profit du tertiaire est sans doute une erreur historique. A force de ne rien produire et de tout importer c’est une lapalissade de constater qu’on ne produit plus rien et qu’on importe tout. Bien sûr c’est excessif de s’exprimer ainsi mais enfin l’industrie ne représente plus que 20% du PIB, il est peut être temps d’inverse la tendance.
De plus dans un monde dominé par la pénurie des matières premières les pays disposant de ressources naturelles vont voir leur pouvoir relatif augmenter au détriment des autres. La France s’en trouvera particulièrement désavantagée malgré le nucléaire.
Le réchauffement climatique est un défi supplémentaire dont on distingue mal les enjeux sans douter que ses effets seront considérables.
Bref pour se projeter dans l’avenir, il ne suffit plus de se contenter d’extrapoler l’évolution du monde des dix dernières années, il faut de plus imaginer quelles innovations sociales économiques et culturelles nous seront imposées par des changements à venir à ce jour assez imprévisibles.
Le tourisme secteur essentiel et prospère est un domaine où la concurrence internationale s’exerce librement entre de très nombreux pays.
La crise économique française s’accompagne de plus d’une crise politique très forte car la France est en train de perdre le leadership qu ‘elle avait encore en Europe au profit de l’Allemagne. Avec la réunification, celle- ci possède une population plus importante et une économie en meilleure santé. Ce changement relatif dans l’ordre européen a commencé à faire sentir ses effets depuis un certain temps et change peu à peu l’horizon de la politique extérieure. Les conditions de la fameuse amitié franco-allemande ne sont plus les mêmes.
A cette perte de leardership en Europe s’ajoute une perte progressive d’influence en Afrique.
La crise financière mondiale qui s’annonce et la récession qui l’accompagne risquent de faire oublier ce qu’il y a de spécifique dans la situation du pays, mauvais élève de l’Europe. Si le moral des français est bas ce n’est pas que tout aille plus mal qu’ailleurs mais c’est que tout va plus mal qu’avant. Et même la baisse du chômage n’a rien d’exaltant car tout le monde voit bien qu’entre nettoyage des registres ANPE, petits boulots précaires et mal payés et effets de la démographie, cette baisse peut avoir lieu au moment où la croissance dégringole.
Finalement on se demande quel politicien de génie pourrait enrayer ce déclin?
Il est difficile de penser que Nicolas Sarkozy élu par les catégories les plus âgées et les plus nostalgiques de la société soit cet homme malgré le volontarisme affiché pendant la campagne présidentielle.
On peut d’ailleurs se demander si finalement sa politique ne consiste pas tout simplement à s’adapter à la nouvelle donne en positionnant la France comme meilleur allié des américains face aux puissants allemands inversant ainsi une situation historique dans laquelle l’Allemagne était l’alliée dévouée des américains et la France la puissance dominante en Europe.
Peut –on infléchir cette nouvelle donne ou bien faut-il la considérer comme une réalité intangible?
La crise française s’articule sur des causes multiples
Actuellement ni le Parti Socialiste ni le Modem ne proposent d’alternative à la politique de la droite qui est somme toute un compromis inconfortable de gestion du capitalisme. La droite avait pensé et pense encore qu’en libéralisant davantage l’économie française en réduisant le coût du travail et en permettant aux capitaux de faire davantage de profits, l’économie serait comme par magie relancée.
Ne s’agit –il pas tout simplement d’un diagnostic erroné, fondé sur des observations partiellement pertinentes ? Certes en France l’organisation des contrats de travail n’échappe pas à la lourdeur ambiante et la baisse du coût du travail peut permettre aux entreprises d’améliorer leurs performances, mais globalement l’avantage procuré par des réformes ne changera pas de manière décisive l’avantage relatif de la France dans le contexte international : une baisse des coûts salariaux de dix pour cent ne ramènera pas le coût du travail au niveau des pays émergents. De même la diminution des prélèvements obligatoires sur les grandes fortunes ne ramènera pas le taux de prélèvement français au niveau des paradis fiscaux. Au total les réformes entreprises ne changeront pas fondamentalement la position concurrentielle de la France. Cela ne veut pas dire que ces réformes ne sont pas à faire du moins jusqu’à un certain point mais il est illusoire de les considérer comme suffisantes pour relancer l’économie.
Car le vrai problème de l’économie française c’est peut être tout simplement l’insuffisance des investissements freinés par une politique fiscale qui les taxe directement au travers entre autres de la taxe professionnelle. C’est peut être le retard pris dans les politiques de formation à tous les niveaux lié à un système éducatif et de formation qui manquent cruellement de vision d’ensemble. Bref le diagnostic libéral des insuffisances françaises est peut être trop simpliste et ne pointe pas les véritables causes du manque de dynamisme actuel de l’économie. Une organisation rigide de la société, une administration tatillonne contribuant sans doute au manque de réactivité économique.
La fermeture des frontières, la politique d’immigration très contrôlée, l’accumulation des obstacles à l’entrée en France à la délivrance des visas a comme effet induit de détourner de ce pays des étudiants et des commerçants voire aussi des touristes venant du monde entier. Personne n’a chiffré la perte de PIB entraîné par une telle politique.
L’absence d’une politique universitaire volontariste pour se donner une université brillante et prospère a des conséquences de deux ordres d’une part une baisse des performances nationales globales en termes de scientifiques et de créativité mais aussi une baisse de l’attractivité sur les élites scientifiques mondiales ce qui ne peut que détourner au profit d’autres destinations des projets économiques sensibles à l’avantage scientifique.
La réforme de l’université ne servira à rien si elle n’est pas précédée d’une réforme d’ensemble de l’enseignement secondaire et des différents processus de formation professionnelle pour rationaliser et rendre de l’efficacité à un ensemble coûteux et peu performant. Il est illusoire de vouloir choisir entre la formation des élites et l’enseignement pour tous car les deux démarches sont à poursuivre conjointement.
La réforme doit abandonner la forme autoritariste pour donner l’initiative à des équipes capables d’innover en pédagogie mais aussi en moyens pédagogiques. Multiplier les ordinateurs, c’est bien mais il ne faut pas oublier de financer des programmes ambitieux de recherches sur les logiciels pédagogiques et la construction de bases de données d’outils pédagogiques à destination des enseignants ?
Bref la gestion actuelle est globalement médiocre mais un simple infléchissement vers des comportements mieux adaptés ne suffira pas à sortir le pays de l’ornière. Car les prélèvements excessifs qu’entraîne le service de la dette et les ponctions effectuées sur l’économie par les financiers en tous genres saignent le pays et le privent d’une bonne partie de son énergie. Au moment où la droite stigmatise les prélèvements sociaux qui à ses yeux compromettent le bon fonctionnement de l’économie, il faut au contraire signaler la ponction effectuée par les capitalistes financiers.
C’est aussi après les privatisations d’EDF et des autoroutes et de tant d’entreprises, des masses de profits qui s’en vont dans les poches des capitalistes et sans doute quittent le pays.
Au total, la gauche ne peut pas faire l’économie d’un discours critique sur cette situation sans y perdre son âme et sa raison d’être. Il est illusoire de penser que la crise serait évitable par une « bonne gestion » de gauche qui ne serait que la copie améliorée de ce que fait la droite.
Nicolas Sarkozy a décidé de laisser filer le déficit pour ne pas aggraver la situation économique qui se caractérise par une croissance très faible. Mais ce faisant, il ne peut qu’aggraver la situation de la balance des paiements dont on peut attendre à une grave détérioration. Cette politique du laisser filer est un moindre mal et on n’entend pas à gauche des propositions alternatives bien meilleures. Augmenter les impôts pour s’opposer au déficit serait quelque part suicidaire en réduisant encore le train de vie des français.
L’alternative Moscovici ?
Moscovisci est assez inquiétant quand il s’exprime on a le sentiment qu’il est prêt à gérer le capitalisme sans Sarkozy, on ne peut nier qu’il s’agit d’un progrès par rapport au capitalisme avec Sarkozy. Mais on pourrait espérer d’un homme politique qui revendique le leadership du parti socialiste un peu plus d’ardeur « révolutionnaire ». Non il ne s’agit pas d’allumer le grand feu de la révolution mais du moins infléchir la répartition des profits entre capital et travail et si possible rendre à l’état un rôle moteur dans l’avenir national.
Soutenir le gouvernement actuel dans ses réformes serait une aberration quand on sait que l’effet d’un allongement de la durée de cotisation de retraite n’aura pour seule conséquence que de diminuer les pensions des futurs bénéficiaires.
Ne faudrait –il pas d’abord comme le demandent justement les syndicats faire en sorte que les gens travaillent jusqu’à 60 ans. De plus il faut réviser les modes de calcul pour faire en sorte que les pauvres ne payent plus pour les riches comme cela a été institué par la réforme Balladur.
Y a –t-il une alternative de gauche ?
Il n’y a donc pas d’alternative de gauche à la politique actuelle. Sauf si la gauche prenant du recul décidait enfin de transformer les crises nationales en problème européen. Parce qu’a l ‘échelle de l’Europe la totalité des problèmes ont une solution.
L’Europe peut définir une politique fiscale et monétaire permettant aux états de réduire leurs déficits et de se lancer dans une nécessaire course aux investissements pour retrouver un dynamisme économique actuellement perdu.
L’Europe pourrait lancer des grands travaux, multiplier les programmes de recherche, définir une politique industrielle etc.
Les socialistes doivent donc rechercher auprès des socialistes européens une alliance pour le rétablissement de la croissance en Europe. Ce pacte doit être fondé sur une aide au désendettement des états et une saine égalité fiscale pour en finir avec des politiques économiques fratricides.
Un programme de gauche doit comporter la réforme de l’Etat car celle ci est nécessaire pour améliorer les performances des collectivités territoriales, de la justice ou encore des réformes de l’université et du système éducatif. Le droit du travail, les retraites, etc. seront au menu de tout gouvernement quel qu’il soit de droite comme de gauche. Mais il est impossible de construire un programme novateur si on se débarrasse d’abord de la dette en la confiant à la banque centrale européenne.
Le comportement des banques centrales au cours de la crise financière actuelle montre clairement qu’il n’y a pas d’argument opposable à ce que la banque centrale européenne prenne en charge complètement ou partiellement l’endettement des états et fasse marcher la planche à billets pour une relance des investissements productifs.
Actuellement ce discours semble irréaliste parce que les difficultés des états membres sont inégales mais si la crise s’aggrave et si le socialistes font campagne on peut espérer qu’un front européen se formera pour infléchir les autorités monétaires.
Il n’y a pas d’autre issue par le haut aux difficultés actuelles, il faudra choisir entre le plan de rigueur et la planche à billets européenne.
Lorsque la crise fera sentir ses effets en Allemagne, il est fort possible que les allemands deviennent à leur tour sensibles à cette argumentation.
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Il y a aussi une alternative de droite[/b]
Attention une option pourra tenter certains esprits à droite. Ils peuvent se dire que la France pourrait devenir une grande Suisse en appliquant massivement les recettes qui ont réussi en Irlande ou ailleurs , offrir aux capitaux des avantages exorbitants qui feraient que le Luxembourg , l’Irlande ou la Grande Bretagne seraient battus sur leur propre terrain. Mais cette politique suppose un démantèlement massif des protections sociales et de toutes les politiques d’égalité des chances. Si les électeurs s’entichent aux nouvelles élections d’un président de droite, il pourrait être pire encore que Sarkozy ! Mais à ne pas vouloir tracer des perspectives claires à gauche, c’est à une politique de droite dure que la crise risque de conduire.
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