supporter cette politique dégradante
Posté le 06.04.2008 par vivelagauche
La violence ordinaire dans la France sarkozienne est devenue invisible, on s’habitue à la politique de traque des immigrés clandestins, de centres de rétention, d’expulsions, d’autant plus facilement que tout cela fonctionne dans l’obscurité, la bureaucratie déshumanisée, à bas bruit et à l’écart des médias.
Il faut un mort pour que tout à coup les médias en parlent, léger frémissement de scrupules, et qu’on se rappelle que cette réalité cachée est la nôtre pour notre indignité collective.
Personne ne se sent responsable des drames, des souffrances, des cruautés qu’on impose à des « sans papiers ». La sémantique bonne fille nous offre de la ressource en inventant un délit voire un crime qui n’existe pas et en permettant de différencier de nous tous ces gens poussés par la faim qui ont avec de grandes difficultés et souvent un grand courage franchi des frontières pour s’en sortir et pour survivre pour eux ou pour les leurs. Sur ces hors la loi la violence de l’Etat peut s’exercer dans l’indifférence ? « Sans papiers » cela devrait être le statut de quelqu’un qui a des problèmes administratifs à résoudre, tout au plus casse pieds, mais non, c’est devenu une marque d’infamie, une indice de non humanité qui légitime des représailles officielles dans un pays qui se prétend des droits de l’homme. Cela permet la détention administrative ce qui veut dire que l’on enferme des hommes des femmes, des enfants, des bébés, chose que le droit ne permet pas et l’on s’assoit sur les principes les plus sacrés pour tolérer que ces actes d’enfermement échappent au bon sens, à la justice, à l’humanité la plus élémentaire. Il s’agit en fin de compte d’une nouvelle forme de ces lettres de cachet que la révolution française avait abolie. L’acte régalien administratif et privatif de liberté qui s’exerce dans l’indifférence et est considéré comme une norme.
Le système fonctionne avec des objectifs quantitatifs avoués qui peuvent le pousser aux excès, au manque de self contrôle car la nécessité de faire du chiffre incite à être moins regardant sur le cas de tel ou tel et il peut même conduire à la tentation de faire du zèle.
Et les gens ordinaires, monsieur tout le monde, moi , vous, celui qui se soucie du sort des SDF et aide les vielles femmes à traverser la rue, n’est pas concerné car tout ça est légal officiel donc normal et pris en charge par des gens respectables.
Le maçon qui construit le centre de rétention, le ferronnier qui installe les grilles, l’électricien qui place la clôture électrifiés, le policier qui arrête, la secrétaire qui transmet les listes, personne finalement n’est responsable du système et donc ne peut se sentir concerné par son existence, ses excès et ses bavures quand il y en a.
Et pourtant chaque accident rapporté par les médias va peser sur toutes nos consciences et provoquer une émotion publique significative.
C’est là que les grands experts en morale publique viennent au secours des âmes. La théorie de « l’appel d’air » si convaincante, si rassurante, si légitimante nous explique que si nous étions un peuple sympa les étrangers vont affluer et nous submerger sans mesure, il viendront en nombre et ce sera l’invasion. Imaginez nos villes bondées de peaux colorées, nos services sociaux envahis par la misère du monde, nos écoles submergées d’enfants baragouinants, l’angoisse totale pour tous les honnêtes gens qui bossent, qui payent leurs cotisations, qui élèvent leurs enfants et qui redoutent les déficits publics. Donc il faut bien pour se défendre se donner cette image de méchants, dissuasive. Cette image qui tient les pauvre en respect et les empêche de se transformer en « sans papiers » en « clandestins ».
Il faut faire mal pour faire peur. Il faut faire peur pour faire le bien. CQFD
Est ce utile de réfuter ce discours dont la surface lisse et bienveillante cache une profonde xénophobie voire le racisme le plus ordinaire ?
C’est réussi d’ailleurs, si bien réussi que les étrangers que l’on voudrait en France y viennent de moins en moins car les talents qu’il faudrait attirer pour dynamiser notre société vieillissante, la réglementation tatillonne et le discours xénophobe, les éloignent vers d’autres cieux. Ils vont à Londres ou en Amérique comme d’ailleurs de nombreux français jeunes que le conservatisme ambiant chasse de leur propre pays.
Et pendant ce temps nombre de nos braves gendarmes, policiers, fonctionnaires poursuivent l’immigré clandestin comme si c’était la seule urgence dans la France chaotique d’aujourd’hui ?
En fait cette politique est aussi un discours qui s’adresse de manière subliminale mais avec une grande clarté à toute une partie de la population française. C’est un message instituant le rapport de forces entre la France blanche, xénophobe et bourgeoise et la masse immense des populations jeunes et issues de l’immigration. Cette population des banlieues si inquiétante dans bien des têtes. Cette traque des immigrés est la pédagogie de l’ordre de l’ordre des blancs contre les basanés afin que chacun le matin devant sa glace comprenne de quel coté il se trouve et que la France vieillissante des lotissements, terrorisée par le changement et les crises qui arrivent, continue de craindre et de bien voter, pour l’ordre, pour l’ordre sarkozien.
Si Sarkozy ne peut rien ou si peu en économie, il pourra en revenant à la thématique de l’ordre reprendre le manche du pouvoir qui est en train de lui glisser des mains. Du moins c’est le pari que beaucoup de ses amis font pour lui!
Mais pour un si piètre résultat tant de français doivent éprouver cette honte de ne pouvoir rien faire et supporter cette politique dégradante.
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