un sujet particulièrement « révolutionnaire ».
Posté le 01.05.2008 par vivelagauche
Après les 160 mesures pour faire les fonds de tiroir, les franchises médicales et tous les signes de rigueur que donne le gouvernement, après toutes les annonces de restructuration et de réforme du secteur public, se voir ainsi rappelé à l’ordre par la commission européenne, c’est pour le gouvernement français, à la veille de sa prise de présidence de l’union, la dernière humiliation.
Il est évident quand on regarde les masses en jeu que ni le programme de suppression de fonctionnaires, ni les économies de bouts de chandelles par les grignotages d’avantages sociaux ne suffiront à redresser une situation inquiétante des finances publiques.
Les mesures prévues sont chiffrées à 5 milliards quand le simple intérêt de la dette est de 40 milliards comme le déficit ce qui veut dire que la France emprunte pour payer les intérêts de sa dette.
Le gouvernement n’a pas le choix, ou bien il trouve des mesures bien plus violentes pour augmenter les recettes et pour réduire les dépenses ou bien il regarde la dette de la France s’aggraver inexorablement. Mais cette dette par le prélèvement énorme que représente la paiement de ses intérêts sans même parler de son remboursement étouffe les finances publiques et prive le gouvernement de la moindre marge de manœuvre pour investir dans la recherche ou dans d’autres secteurs.
Si la France conserve une démarche orthodoxe, elle ne sortira de cette situation que par des procédés très douloureux qui freineront la croissance.
La question se pose aussi pour la gauche qui pourra proposer d’augmenter certains impôts, de supprimer le bouclier fiscal mais qui se retrouvera comme la droite dans l’étau de la rigueur même si elle est plus équitablement répartie.
Certains commentateurs font mine de croire que les autres pays européens sont parvenus à équilibrer leurs budgets pour rentrer dans les clous. Cette affirmation est assez surprenante concernant des pays très endettés comme l’Italie et l’Allemagne qui devraient se trouver dans les mêmes difficultés que la France sauf à utiliser quelques ruses comptables pour masquer la réalité en régionalisant les dettes par exemple.
Un article du Figaro remet les pendules à l’heure en ce qui concerne l’Allemagne dont la dette est de l’ordre de 1600 milliards d’euros:
• « La crise financière pourrait menacer l'objectif du gouvernement allemand de ramener le budget fédéral, actuellement dans le rouge, à l'équilibre en 2011, rapporte aujourd'hui le quotidien Süddeutsche Zeitung »
Et pour l’Italie :
« L'Italie abaisse sa prévision de croissance 2008 à +0,6%
En conséquence, la prévision de déficit public a été revue en hausse pour l'année en cours à 2,4% du produit intérieur brut (PIB), contre 2,2% lors de la précédente prévision en septembre, a-t-il précisé.
Pour 2009, Rome prévoit une croissance de 1,2%, puis de +1,5% en 2010 et +1,7% en 2011 tandis que le déficit public devrait passer de 2,1% en 2009 à 1,4% en 2011. Le ministre souligne cependant que l'équilibre du budget reste "un objectif" pour 2011.
Concernant la dette, le ministère table sur un passage sous les 100% du PIB en 2010, contre 103% en 2008 et 104% fin 2007.»
Comme on le voit, le problème des déficits et de la dette est un problème partagé qui pourrait faire l’objet d’un traitement à l’échelle de l’Europe. Cela supposerait que l’on accepte de comprendre une fois pour toutes que les règles de fonctionnement de la zone euro contribuent pour une bonne part à organiser l’endettement des états.
On objectera les contre exemples de l’Espagne et de l’Irlande en oubliant les aides importantes dont à bénéficié l’Espagne et les pratiques de dumping fiscal de l’Irlande qu’on n’aurait pas toléré de la France par exemple.
A vrai dire, de manière très simple les règles de la zone euro, procurent aux banques l’extraordinaire privilège de la création monétaire, équivalent à une rente instituée au profit exclusif de groupes privés qui se voient ainsi attributaires d’une source de revenus que l’état dans un passé pas si éloigné se réservait.
En obligeant l’état à se financer auprès des banques privées qui elles seules disposent du pouvoir de créer de la monnaie scripturales, les accords européens ont mis en place un processus qui devait obligatoirement aboutir à une explosion des dettes de la puissance publique.
Le but initial était d’interdire aux états de financer leurs déficits par la « planche à billets ». Mais il avait sans doute été espéré que ces règles contraignantes allaient inciter les états à ne plus faire de déficit. C’est là que se trouve l’idée fausse. Les états ont continué pour des raisons bonnes ou mauvaises à dépenser plus que ce que leur procuraient les recettes fiscales et ne pouvant se financer autrement à recourir à l’emprunt, méthode particulièrement coûteuse. Cela accroît d’autant la part des revenus nationaux captés par la rente au détriment des salariés.
Le gouvernement actuel dans le droit fil de la pensée en vigueur en Europe espère faire baisser l’endettement en réduisant la dépense publique. Il prend le risque de détériorer gravement la qualité des services publics et de provoquer une déflation aux conséquences désastreuses.
Ce n’est pas de Nicolas Sarkozy et de ses soutiens du grand patronat que l’on pourra espérer une remise en cause de ce système inique mais ce qui est particulièrement inquiétant c’est caractère frileux des leaders de la gauche sur un sujet particulièrement « révolutionnaire ».
La question est difficile mais diablement structurante car elle détermine à elle seule quel type de politique économique est possible.
Faut-il :
-Etre indifférent à l’endettement et laisser filer mais en rétribuant de plus en plus les rentiers créanciers ?
- Faut-il imposer à l’Etat un régime de rigueur terrible pour réduire l’endettement ?
-Faut-il combiner des mesures d’imposition des revenus élevés, des revenus des rentes, de rationalisation des dépenses publiques et sociales pour réduire la dette par les économies dégagées. Cela reste une politique de rigueur partagée à connotation égalitaire donc de gauche ?
- Ne serait-il pas plus pertinent d’admettre qu’un état se finance en prélevant ses moyens sur les autres acteurs économiques et dans l’inventaire de ses modes d’action la création de monnaie comme l’impôt est légitime ? Et dans ce cas ne faut-il pas inviter l’ensemble des états de la zone euro à fixer des règles communes de création monétaire afin de garder une forme d’équité entre les états de l’union européenne ?
Les options proposées n’ont pas la même ambition et ne relèvent pas du même socialisme. Le choix à faire est bien plus déterminant que le nom de tel ou tel pour diriger le Parti Socialiste !
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