déclaration de principes du PS
Posté le 18.05.2008 par vivelagauche
Le militant qui lit la « déclaration de principes » du PS ( adresse : http://psmontrouge.free.fr/principe.htm ) ressent un certain malaise, certes le texte est bel et bon par un contenu auquel les socialistes adhèrent sans difficulté et par une énumération de principes reconnus par l’ensemble des socialistes. Mais le texte gène surtout par ses non dits, par l’absence de certaines phrases et de certaines idées. Il y manque le souffle et la violence qui font la force des grands textes. Il se présente comme ce que certains n’hésitent pas à qualifier de « consensus mou ». Certes son adoption ne fait aucun doute, car les militants trop conscients des enjeux et des risques ne souhaitent pas faire de leurs objections une source de conflit interne. Mais son adoption sera d’autant plus facile que les militants ont envie de « penser à autre chose » et « d’aborder d’autres sujets ». Ce qui devrait être un étendard brandi à la face du monde ressemblera probablement davantage à un feuillet jauni plié dans le portefeuille.
Ce document présente plusieurs singularités qui appellent des commentaires :
Le préambule cherche à inscrire le Parti Socialiste dans le courant de pensée des Lumières et dans l’action du mouvement ouvrier comme si ce dernier n’avait été lui aussi une source de pensée très féconde et si le marxisme n’avait jamais existé. Cette présentation a manifestement pour objectif de couper le cordon ombilical avec la pensée marxiste qui a été pourtant à la source de tous les combats de gauche pendant plus d’un siècle.
Le « socialisme démocratique » veut être « une explication du monde » certes mais non clairement explicitée et qui se faisant se détache d’une explication reconnue « la lutte des classes » comme moteur de l’Histoire. Même si ces concepts ne peuvent être repris à l’identique de ce qu’ils étaient au 19e siècle lorsque les forces de travail regroupées en masse dans d’immenses usines ou mines vivaient des conditions d’exploitation féroce qui les soudaient dans la révolte.
Même si au 20e siècle encore l’importance des implantations industrielles gardaient au mouvement ouvrier une base sociologique de grande ampleur disparue aujourd’hui. Alors que dans la société actuelle la réduction de l’emploi industriel et la multiplication à l’infini des situations et des statuts rend très difficile la perception d’une communauté de destin dans des catégories populaires extrêmement différenciées.
Le préambule en ne faisant plus référence à un ordre injuste, à la « lutte des classes » entre les dominants et les dominés, en ne soulignant plus la violence du monde et du capitalisme pose d’emblée la pensée socialiste dans un décor d’opérette où « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil »
Il est ainsi fait impasse sur la mondialisation qui a permis au capitalisme de développer une organisation mondiale de l’oppression des masses populaires. Puisque le principe du bon entrepreneur est de lever des capitaux dans la zone où ils sont les moins chers, de produire dans la zone des plus bas coûts du travail et de vendre dans les zones ayant le pouvoir d’achat le plus élevé.
Ce qui caractérise ce préambule c’est donc son vide opérationnel. Une organisation qui veut prospérer doit être fondée sur plusieurs critères :
-les membres se reconnaissent un sort similaire dans un corpus de croyance partagé
-il existe un porte parole reconnu
-il existe un opposant, un adversaire ou un bouc émissaire
Ce préambule fait l’impasse sur deux des trois alinéas :
Pas de description des forces populaires rassemblées dans le combat socialiste
Pas d’adversaire clairement désigné
L’article 1 se veut rectificatif en évoquant les injustices mais l’ennemi de classe n’est nulle part désigné comme si les injustices étaient fruit du hasard ou d’un erreur d’inattention. En cela ce manifeste commet une grave erreur car comme signalé ci-dessus, un mouvement doit avoir un leader, une doctrine mais aussi un adversaire voire un bouc émissaire. C’est là une condition pour rassembler dans l’action.
Pourquoi cette répugnance à désigner le capitalisme comme adversaire ? Pourquoi ne pas dénoncer l’existence d’une classe dirigeante de possédants très riches constituant un réseau efficace de domination des peuples et du monde ?
Pourquoi ne pas dénoncer les organisations destinées à dominer l’esprit humain comme les sectes et les mouvements politiques d’inspiration religieuse qui plongent les humains dans l’obscurantisme et la soumission et souvent le fanatisme ?
S’en tenir à dénoncer les injustices sans autre forme de procès, comme s’il s’agissait d’îlots surnageant dans une mer tranquille, n’est ce pas une posture par trop lénifiante et inquiétante pour l’avenir du Parti Socialiste ?
L’article 2 pose le principe de l’égalité et de la redistribution des richesses. Tous les militants sont naturellement d’accord avec ce contenu cependant, il aurait sans doute été bon de signaler en premier le combat prioritaire pour la liberté et la dignité. Combat contre les dictatures et tous les pouvoirs plus ou moins autoritaires qui trouvent leur compte dans l’oppression. Combat pour les libertés fondamentales de penser, d’échanger, d’aller et venir. La liberté de porter secours aux humains dans la détresse qui justifie le droit d’ingérence, la liberté de s’instruire et de se libérer des obscurantismes religieux, la dignité reconnue à chacun en tous lieux avec son corollaire de droits de la personne et la lutte acharnée contre toutes les forme de discrimination, de xénophobie et de racisme.
Le combat pour que partout l’homme jouisse de droits politiques est une priorité par rapport au projet d’assurer une égale répartition des ressources pour le bien être de tous.
L’article 3 proposer de « préserver notre planète » mais se dispense de dire un mot sur qui s’y oppose, quelles sont les forces contre lesquelles il faudra lutter pour atteindre cet objectif. La dénonciation de l’ordre capitaliste et nationaliste s’impose pourtant si on veut que ces combats aient un sens. Ne faut-il pas dénoncer dans un même mouvement les états riches qui n’acceptent pas de modifier leur train de vie et les états émergeants possédés par une boulimie aveugle de croissance trop occupés à leur propre développement pour se sentir concernés par le destin de l’humanité toute entière ?
L’article 4 fait du progrès une valeur fondamentale et du principe de précaution une obligation positive. Mais c’est d’un credo à la science, au savoir, à la culture, à la recherche, à l’intelligence dont l’humanité a besoin pour combattre les courants obscurantistes de toutes sortes et de toutes obédiences qui tentent d’emprisonner l’homme dans ses peurs. Un acte de confiance au progrès scientifique, à la conquête spatiale, à l’exploration de l’univers lointain comme de l’infiniment petit voilà de quelle noble exaltation les humains doivent être imprégnés pour donner du sens à l’incroyable aventure humaine sur le sol terrestre quelques millions d’années après le règne disparu des dinosaures.
L’article 5 pose le socialisme en champion de la démocratie mais ne dit pas si celle ci peut s’accommoder de système présidentiel actuel. Ce qui est en France une question tabou et centrale. Il y a au parti socialiste nombre de militants qui souhaitent le retour à une démocratie parlementaire où l’exécutif émane de l’assemblée et ne tire pas d’une légitimité directe la possibilité d’un pouvoir d’essence monarchique.
Il ne dit pas non plus pourquoi les forces qui défendent le grand capital acceptent et réussissent à tenir le pouvoir dans un cadre démocratique et que pour cela nombre de moyens sont mis en œuvre pour tromper le peuple et l’induire en erreur quand il vote.
L’article 6 critique délicatement le capitalisme et affiche l’adhésion des socialistes à « l’économie sociale et écologique de marché ». Naturellement il s’agit d’un concept sans contenu car le marché n’est ni social ni écologique et cette expression ampoulée frise le ridicule voire l’escroquerie.
Il aurait été pertinent de faire une critique méthodique du marché, instrument efficace mais imparfait qui ajuste offre et demande solvable mais qui est parfaitement incapable de satisfaire ou d’aider à la satisfaction d’une demande insolvable. Pourtant il existe des besoins légitimes et insolvables et puisque le marché ne sait pas les satisfaire seule la puissance publique peut créer les moyens d’y pourvoir.
L’article 7 définit une politique de progrès social équilibré. Mais il ne se pose pas la question essentielle des obstacles qui s’opposent à une telle politique et des moyens de les surmonter. Dans le contexte d’endettement de la France d’aujourd’hui le contenu de cet article ressemble à une litanie de vœux pieux si on n ’explique pas quels moyens pour le coup « révolutionnaires » on met en œuvre !
La gestion social- démocrate du capitalisme qui consiste à faire payer à la main d’œuvre du tiers monde le bien être des pauvres des pays riches est un modèle caduc. Les transferts de technologie et la libre circulation des marchandises et des capitaux ont modifié définitivement la règle. Le capitalisme n’a plus de raison de pratiquer le pacte social antérieur et la pression sur les salariés devient très forte en France comme ailleurs.
Le pourcentage du PIB prélevé au profit du capital s’en est trouvé accru partout.
C’est dans cette « lutte des classes » que le Parti Socialiste doit prendre parti.
L’article 8 pose le problème de la redistribution que même la droite la plus réactionnaire incorpore dans son logiciel. La constitution de la république la proclame sociale. L’affirmation du principe de redistribution ne constitue plus à lui seul un marqueur droite – gauche. Peut-on relever que quand la droite organise, la redistribution se fait surtout au sein même des classes laborieuses et que le rôle des socialistes au gouvernement est de faire des plus riches ceux qui sont mis le plus à contribution dans l’action de redistribution.
Mais ne faut-il pas contester la transmission des fortunes et des richesses telle qu’elle est organisée actuellement de père en fils ? Ne faut-il pas revendiquer le droit pour l’état de confisquer les biens excessivement accumulés ? Ne faut-il pas déclarer frauduleuse en soi toute accumulation exagérée ?
Sachant que les règles sur la création monétaire, sur les droits d’auteur, sur les sociétés permettent nombre d’enrichissements sans causes ne faut-il pas dénoncer des législations faites pour favoriser l’accumulation de capital par un nombre réduit de personnes ?
Ne faut-il pas se proposer de revoir toutes ce niches à « fabriquer du capital » ?
L’article 9 se contente de dire qu’il faut un compromis entre les intérêts des états et une organisation internationale efficace.
Il faut cesser de considérer que l’action internationale est l’affaire des seuls états et imposer comme une priorité aux forces de progrès de s’organiser à l’échelle internationale pour peser sur les « politiques étrangères ». Les rencontres entre partis ne sont pas la réponse qui convient, il faut aller beaucoup plus loin et développer des synergies politiques qui permettent aux militants dans les différents pays de se sentir solidaires. A quand un grève organisée dans des dizaines de pays le même jour avec le même motif ?
L’article 10 affiche une volonté nationale pour la France mais est particulièrement timoré et peu explicite.
Que devient la francophonie et le rôle de la « pensée française » et son universalisme dans un article aussi succinct ?
L’exaltation du nationalisme comme fin en soi est certainement réactionnaire et de ce point de vue certaines initiatives de la campagne présidentielle étaient peu convaincantes mais la « nation » est une réalité vivante dont il faut parler à la gauche comme d’une maison commune où ont vécu nos ancêtres et qui nous abrite tous pour un destin commun. La culture française, la langue, l’histoire singulière du pays et ses paysages façonnés par les générations constitue un patrimoine qui est le bien commun de tous les français. De même les actes héroïques de ceux qui se sont battu et sont morts pour défendre leurs frères et leur liberté où l’histoire complexe des personnages illustres sont un bien commun. Il est donc essentiel que chacun se sente partie prenante de la France éternelle.
On ne peut être indifférent au rôle important tenu par la culture et la langue françaises dans le passé et on doit y voir une raison pour une ambition actuelle celle de maintenir un rayonnement culturel et intellectuel de ce pays à la hauteur de ce qu’il fut dans le passé.
La France ambitieuse dans le domaine de la civilisation, de la science et de la culture voilà qui en fera un pays ouvert et tolérant.
L’article 11 affirme le principe de la séparation des pouvoirs et la lutte contre le communautarisme.
Se contenter de poser des principes aussi généraux sans évoquer les causes et moyens est une forme d’escroquerie intellectuelle.
Il faut faire un choix essentiel par rapport au type de régime et nous savons tous que le régime monarchique présidentiel actuel est accepté par une large majorité de français. Aura-t-on le courage à gauche de dire que ce régime porte en lui les racines d’une forme de pouvoir personnel ? Qu’il est conçu pour compliquer la prise de pouvoir par la gauche? Aura-t – on le courage de rappeler que dans la plus grande partie des pays démocratiques le pouvoir exécutif est désigné par l’assemblée devant laquelle il est responsable ?
Enfin lutter contre le communautarisme suppose que l’organisation territoriale du pouvoir ne discrimine pas les populations et cela renvoie à la réforme si nécessaire des collectivités territoriales. Le parti est –il d’accord pour que celles ci soient transformées et modernisées ?
L’article 12 prône le principe de laïcité sans donner du contenu à ce concept récupéré par la droite.
Il faut aller plus loin et affirmer que la religion est une affaire de vie personnelle et qu’elle ne doit jamais empiéter sur l’espace public. Que les manifestations religieuses publiques ne sont tolérées que dans la mesure où elles ne troublent pas l’ordre public et la tranquillité des citoyens en particulier de ceux qui ne sont pas adepte de telle ou telle religion. Que les athées sont égaux en dignité de tous les croyants.
Qu’Il faut interdire toutes les pratiques religieuses qui risquent de porter atteinte à l’intégrité corporelle ou psychologique des individus et toutes les manifestations de fanatisme sous toutes les formes. Qu’il faut bien sûr interdire en tous lieux tous les signes ostentatoires et condamner tous les comportements discriminatoires qui découlent des croyances religieuses.
Ne faut-il pas faut limiter l’influence religieuse sur les jeunes enfants en posant comme une obligation générale que tous les enfants aient connaissance de l’existence de plusieurs religions et l’existence de l’athéisme comme mode de pensée entièrement satisfaisante.
Ne faut-il pas lutter contre les sectes et toutes les entreprises de domination psychologique quel que soit l’âge de la personne qui en est victime ?
L’article 13 affirme le caractère réformiste du PS et son absence d’intention de prôner le combat violent.
Il est dommageable que le Parti Socialiste juge nécessaire d’affirmer qu’il s’interdit d’être « méchant ». Cela est particulièrement décevant et condamnable. C’est une faute politique majeure. Est ce à dire que devant une situation de putsch le PS resterait inerte et molle ?
C’est exactement le contraire qu’on attend d’un parti politique qui doit affirmer que si le combat démocratique lui paraît une forme légitime de l’action, il ne s’interdit pas si les circonstances l’exigent toutes les formes de lutte pour assurer la défense du peuple et des principes proclamés dans cette déclaration.
Le parti doit faire en outre référence au droit de manifestation? de grève et ne s’interdire aucune forme d’action sociale pour faire entendre ses positions et lutter contre les forces réactionnaires en oeuvre dans le pays.
S’enfermer dans un légalisme restrictif est une décision « petite bourgeoise » totalement anti- productive qui donne aux adversaires un cadre si prévisible qu’il en rend leur riposte par trop facile.
L’article 14 les femmes et les homosexuels ne sont pas oubliés. On aimerait un énoncé plus général sur le droit de chacun de disposer comme il l’entend de son propre corps.
L’article 15 la décentralisation est posée comme positive
Cette déclaration ne dit rien sur l’avenir des collectivités territoriales dont la réforme est une des questions centrales de la réforme de l’Etat.
L’article 16 Le PS est attaché à la justice c’est vraiment court sur un sujet si essentiel ou la prévention et la sanction mais aussi sur le rôle des prisons sont au centre de tant de polémiques.
Il aurait été bon de rappeler le principe essentiel de l’indépendance des magistrats par rapport au pouvoir politique.
L’article 17 Le parti socialiste se dit européen sans préciser quel type d’Europe il souhaite. Il ne dit pas non plus comment on passe d’une Europe conservatrice des états à une Europe démocratique des peuples.
Le PS ne devrait il pas dire clairement qu’il est favorable à une Europe fédérale qui pourrait jouer pleinement son rôle dans le concert des grands états comme les USA, la Chine, le Brésil eut l’Inde ? Ou bien estime –t il que la France peut encore jouer un rôle de grande puissance ?
Et si on accepte le principe d’un état fédéral puissant, comment concilier cette nouvelle situation avec l’ambition d’une politique ambitieuse dans le domaine culturel et francophone ?
L’article 19 rappelle le devoir de la lutte contre l’antisémitisme, préconise le développement du sud et soutient le rôle de l’ONU, tout cela est très consensuel.
Mais le vœu de faire de l’internationale socialiste un véritable mouvement est essentiel cela doit être plus qu’un simple vœu pour devenir un objectif prioritaire dans l’action du parti. Il est indispensable de donner un contenu concret à cet objectif. C’est par une mobilisation internationale des forces populaires que passe la riposte au capitalisme mondialisé.
Les salaires et la situation sociale des français dépendent autant des luttes sociales dans les entreprises chinoises que des grèves dans la banlieue parisienne.
Lorsqu’on fait un sort particulier à l’antisémitisme au delà d’une condamnation générale du racisme et des discriminations, on se doit de rappeler qu’une juste solution doit être trouvée au problème des palestiniens actuellement occupés. Car la nature ethnico- religieuse de l’Etat d’Israêl a malheureusement pour effet de connoter la thématique de la lutte contre l’antisémitisme qui est une forme odieuse de racisme visant plus spécifiquement les juifs dont nul ne peut oublier qu’elle a produit en Europe le plus odieux des crimes contre l’humanité, comme une forme possible de sionisme militant et hostile aux palestiniens.
L’article 20 Rappel du rattachement au mouvement ouvrier qui aurait pu passer inaperçu ? On se demande que fait cet article en cet endroit final du texte ?
L’article 21 Le caractère démocratique de l’organisation interne du PS est réaffirmé et le principe de la désignation par les militants à toutes les candidatures réaffirmé.
L’article 22 Le PS se pose en rassembleur de la gauche, mais cet objectif légitime pour une organisation qui est actuellement de loin le plus grand parti de gauche fait l’impasse sur ce que doivent être des conditions favorables à ce rassemblement. Pourtant l’essentiel du débat au congrès portera sur ce point et c’est la ligne et le candidat qui sembleront posséder le profil le plus rassembleur qui l’emporteront.
Car le dilemme est grand entre d’une part les communistes imprégnés d’une idéologie traditionnelle et le MODEM parti résolument centriste. Et au delà des positions affichées par les différents partis, la construction d’un projet crédible pour gouverner la France autrement da manière radicalement différente rest pour le moment la grande inconnue qui pèse sur le destin du parti Socialiste.
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