Posté le 09.01.2008 par vivelagauche
Ségolène Royal a sans doute raison de penser que chez Bouygues, propriétaire de TF1 on doit déboucher le champagne après les annonces de Nicolas Sarkozy. Le culot du président est sans bornes pour tenter de faire de vice vertu. Il propose de supprimer la publicité des chaînes publiques et de la réserver aux chaînes privées. Pour financer les chaînes publiques, on taxerait cette publicité supplémentaire et l’argent ainsi récolté leur serait attribué. Ce schéma est peut être séduisant mais il suppose une sérieuse dose de naïveté qui le rend parfaitement suspect. Cela voudrait dire que les contraintes publicitaires qui pèseraient sur la programmation des chaînes privées s’aggraveraient lourdement mais que le surplus de profits ainsi dégagé ne leur rapporterait rien et partirait directement chez leurs concurrents du public. Qui peut croire que des chaînes qui ont soutenu la candidature de Nicolas Sarkozy avec la dernière énergie vont accepter de se voir appliquer une telle punition économique ? Il est bien plus vraisemblable qu’avec moins de moyens le service public verra sa surface diminuer par une réduction drastique du nombre de chaînes et que l’espace ainsi libéré permettra d’ouvrir des chaînes privées supplémentaires qui engrangeront les surplus de recettes publicitaires dégagées par la fin de la publicité dans les chaînes publiques.
Il s’agit bien d’un grand cadeau à Bouygues.
Travailler plus sans gagner plus est devenu le véritable slogan du sarkozysme. On ne peut pas interpréter autrement l’assaut contre les trente cinq heures. Si l’horaire n’est plus trente cinq heures, finies les heures supplémentaires et tous les bonus promis de puis un certain temps. Cela permettra de mettre un terme à l’usine à gaz de la défiscalisation des heures supplémentaires et d’économiser 6 milliards qui actuellement sont promis aux poches des salariés. Ce sera travailler plus sans gagner plus et peut être travailler plus pour gagner moins.
De toutes manières le manque d’imagination économique du gouvernement, son incapacité à trouver d’autres mécanismes pour provoquer la relance, son désir de ne pas inquiéter les revenus financiers ne lui laissent qu’une très faible marge de manoeuvre. La seule chose qu’on puisse faire pour doper la croissance en améliorant la compététivité des entreprises, c’est de baisser le coût du travail donc les revenus des salariés.
Aux salariés naïfs qui ont voté pour Sarkozy en croyant qu’il était le père Noël envoyé par Bolloré, on suggére un slogan pour se remonter le moral:
Travaillez plus parce que vous le voulez bien.
Peut être trouveront-ils cet humour déplacé !
Finalement tout est remis en cause par la virevolte en 24 heures du président qui s'apercevant de l'énormité de l'annonce vient de faire expliquer que ce n'est pas ça du tout. Décidément cela illustre le sérieux de Nicolas Sarkozy et nous promet des péripéties croquignolesques en série pour les années à venir.
Pour le reste le président est d’abord un beau parleur qui enfile des truismes comme des perles et les rassemble sous un chapeau ronflant, « la politique de civilisation », expression qui peut être connotées de maintes manières dont certaines ne sont pas recommandables. Il critique l’hôpital ou d’autres institutions de l’état comme si son gouvernement n’était pas formé de ministres qui sont là depuis des années. Le volontarisme de son discours sonne creux parce que tout cela est confus et général, c’est tout juste une copie moyenne de terminales.
Par contre lorsqu’il parle des autres chefs d’état, il adopte un langage direct, directement issu du bar du café du commerce pourrait –on dire, qui intrigue. Poutine et les autres accepteront –ils d’être si familièrement interpellés par le verbe sarkozien ? Cela reste une interrogation non négligeable car il pourrait en découler d’inutiles brouilles internationales.
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Posté le 08.01.2008 par vivelagauche
Dans un billet sur le logement je soutenais que la loi qui protège les locataires contre les bailleurs a un effet pervers, elle a pour effet de favoriser les locataires qui restent longtemps en place au détriment des propriétaires. On pourrait observer que de la part d’un socialiste il s’agit d’une remarque singulière puisque justement le rôle de la loi c’est de protéger le faible contre le fort c’est à dire le locataire contre le propriétaire. Evidemment le rôle de la loi est d’apporter sa protection aux faibles pour leur permettre d’avoir avec les forts des contrats équilibrés. Mais il faut quand même regarder avec froideur les dispositifs car dans une économie de marché les effets pervers d’une loi protectrice peuvent être contreproductifs et faire porter à d’autres le poids des inégalités sociales. En matière de logement le seul moyen d’obtenir la satisfaction des gens c’est tout simplement de construire et d’avoir une offre de logement globalement adaptée aux besoins de la population. Lorsque la loi a pour effet de modifier la répartition de la pénurie, elle protège les uns et par conséquent expose davantage d’autres, et au final elle remplace des injustices non pas par la justice mais par d’autres injustices. Ainsi la loi actuelle fait peser la pénurie de logements et la hausse des prix qui l’accompagne sur les plus jeunes et sur ceux qui pour des raisons professionnelles ou personnelles sont mobiles.
Avantageuse pour les anciens locataires, elle les décourage fortement de tout déménagement et contribue à la diminution de l'offre locative. Elle fait de toute nouvelle location un engagement si important pour le propriétaire qu'il va demander des garanties aberrantes et un niveau de loyer exorbitant. Ce sont donc les jeunes qui subissent de plein fouet la crise spéculative sur les loyers.
Elle décourage la rénovation des logements occupés et l’investissement locatif sauf dans le cadre des différentes formules Robien, Borloo qui ont montré leurs limites. Elle bloque toute mobilité des locataires et constitue de ce fait un frein sérieux à la croissance économique.
L’actualité s’est chargée d’illustrer cette situation par un exemple symbolique, il s’agit de ces hauts fonctionnaires grassement rémunérés qui occupent pour des loyers dérisoires de vastes appartements de luxe dans les HLM à Paris. Il faut bien comprendre que lorsqu’ils sont rentrés dans ces appartements, ces personnes n’ont pas nécessairement bénéficié d’avantages particuliers mais que le seul maintien dans les lieux à transformé un loyer normal en avantage inconsidéré. Une fois le pot aux roses découvert par le Canard enchaîné, la mairie de Paris se propose donc de leur demander de quitter les lieux en estimant qu’ils bénéficient d’un avantage indu, mais s’ils ont signé un bail ordinaire voilà que ces privilégiés bénéficient des protections que la loi assure aux locataires. Il est pratiquement impossible de les faire légalement partir sauf à mettre en vente le logement ou à entamer en fin de bail une procédure d’augmentation du loyer dans laquelle c’est au propriétaire de faire la preuve de sa bonne foi. Malgré l ’émotion provoquée par la révélation dans la presse de cette situation avantageuse, il ne se passera donc rien dans l’immédiat. C’est ce constat qu’on fait valoir ces locataires en s’en remettant à la justice, comme l’ont annoncé les radios dernièrement . La loi, bonne fille destinée à protéger le faible se retrouve ici à protéger le fort.
Cette situation fortement médiatisée illustre parfaitement le manque d'équilibre de la législation actuelle et le profit qu'en tirent les locataires anciens qu'ils soient riches, pauvres, dans le besoin ou grassement payés. C'est le statut qui crée l'avantage et non pas la nécessité sociale.
Par ailleurs si l’Etat construit des logements sociaux ( Ce qui n’est pas forcément le cas) mais pèse sur les investisseurs au point de freiner la construction et la rénovation par les particuliers, au total il se peut que l’offre de logement se réduise au lieu de s’adapter aux besoins. C’est pratiquement le cas de figure actuel. Rien ne s’oppose donc à une poursuite de la spéculation sous une forme ou sous une autre.
Posté le 06.01.2008 par vivelagauche
Rude campagne que ces municipales dans un bled phagocyté par la droite jusqu’au trognon avec une maire qui fait marcher au pas tout ce qui bouge dans la ville depuis des décennies. Qui n’a pas besoin d’un emploi ? D’un terrain à lotir? D’une autorisation pour une véranda ou une piscine ? Quel commerçant n’a pas besoin de refaire son enseigne ou de je ne sais quoi ? Quel artisan n’a pas besoin d’un peu de place pour garer ses affaires ? Quelle association ne veut pas d’une petite subvention municipale? Bref tout ce qui existe et respire lui doit un service ou un autre. Même les morts lui doivent l’homélie funèbre qui a précédé leur disparition sous terre. Lui ou ses adjoints chargés de conforter les familles endeuillées sans parlers des mariés plus rares de nos jours qui le rattachent à un fort souvenir familial. Le maire est donc intouchable, inamovible même si c’est un type de droite, un haineux rentré, un vrai méchant aux coups bas, aux œuvres sournoises, aux menaces fermes. Alors pour l ‘affronter bonjour les volontaires, les disponibles, les décidés. C’est un boulot de faire du porte à porte pour trouver qui veut bien s’y risquer. Et combien après avoir dit oui sur le coup changent d’avis le lendemain !
Eh bien dans cette merde, il n’y a pas pire que les bobos du parti socialiste, les pleins de fric dans les villas cossues, qui restent bien au chaud devant leur feu de bois brûlant dans leurs cheminées rustiques et qui vous expliquent condescendants que vraiment le PS a déçu. Que les querelles intestines, les propositions pas assez à gauche ah non vraiment ça ne va pas et tous ces gens vous laissent à poil affronter le diable, tranquilles au coin du feu les doigts de pied en éventail parce que la campagne que vous projetez n’est pas assez « à gauche » comme si vous étiez le dernier des nazis en train de restaurer le national socialisme ? Trop c’est trop, il est temps de faire le ménage au PS, de mettre d’un coté les gens de bonne volonté, un minimum rationnels et de virer tous les autres ces révolutionnaires de salon qui vous expliquent un whisky à la main comment capter l’attention du « prolétariat » et défaire le capitalisme. Trop c’est trop, vraiment !
Posté le 06.01.2008 par vivelagauche
Nous sommes dans une société dominée par l’individualisme et le capitalisme. Il ne s’agit pas de dire que l’ensemble des citoyens s’est plongé dans la lecture des ouvrages de philosophie pour choisir parmi les thèses multiples d’adhérer à l’individualisme comme théorie. Le comportement individualiste n’est pas un choix de vie encore moins une position philosophique mûrement réfléchie qui orienterait par des directives morales et générales le comportement de nos concitoyens. Il est trop facile aussi de confondre individualisme et égoïsme. Ce dernier est un comportement naturel universellement répandu mais qui prendra des formes variées suivant la culture de chacun. Partout les gens pensent à eux et que le milieux soit communautariste, familial, ou individualiste le sens de l’intérêt personnel s’active de la même manière. Quand un fonctionnaire africain détourne un bien collectif (des tracteurs par exemple) appartenant à la région ou à l’état au profit de sa famille ou des habitants de son village c’est bien d’une forme d’égoïsme qu’il s’agit mais son identification au groupe destinataire est telle que l’acte égoïste a des effets collectifs. Les villageois sont très contents et cet acte qui altère gravement le fonctionnement de l’état pourrait paraître, aux yeux de certains, altruiste. Ce comportement ne s’observe pas en Europe ou le détournement aura lieu uniquement au profit de la personne elle même ou de sa famille très proche. On serait en France extrêmement surpris d’apprendre qu’un fonctionnaire (ou tout autre acteur économique) a détourné des biens au profit de son village. A vrai dire un acte d’accaparement délictueux ne pourrait avoir lieu qu’au profit de l’individu lui même ou de sa famille réduite.
Cet exemple extrême et marginal permet d’illustrer de manière simple ce qui caractérise fortement la société actuelle. Chaque individu s’y perçoit comme isolé et fait de la satisfaction de ses intérêts personnels stricto sensu une priorité sociale moralement justifiée. L’épanouissement professionnel, familial, social, culturel personnel est devenu un l’objectif supérieur qui fonde le comportement et les règles morales de la vie. Toute participation à un groupe est perçue comme une dérangeante obligation qui est évaluée par la question « quel est le bénéfice matériel, moral, social que j’en tire en tant que personne ». La réussite sociale y est mesurée suivant le critère du bénéfice personnel. Celui qui a accumulé les signes de la réussite individuelle (argent, relations, notoriété médiatique) est considéré comme socialement supérieur à celui qui a fait œuvre utile pour la collectivité (inventeur, créateur,..). Bien sûr si la création débouche sur la fortune des systèmes de valeurs différents concourent pour encenser la même personne.
Peut-on expliquer cette dérive vers l’individualisme forcené qui guide les comportements du plus grand nombre dans la société française ? Ou du moins suggérer une piste ? Tout simplement le mode de vie imposé par le capitalisme et l’organisation spatiale et économique génère une forme de solitude très grande des individus. Cela commence dès la petite enfance ou chacun vit sa vie de manière séparée, les enfants à l’école, la crèche ou à la garderie et les parents au travail. Fratries et parents passent le plus clair de leur temps séparés les uns des autres. Ils ne se retrouvent ensemble que le soir pour partager très peu de vie commune qui peut de surcroît être polluée par la télé, et surtout pendant les périodes de congés où ils sont justement déconnectés de leur vie sociale habituelle. Parents qui sont souvent séparés et que l’enfant ne voit même pas ensemble. A quoi ressemble l’univers d’un enfant qui est éclaté entre plusieurs adultes successivement tout puissants et protecteurs à son égard mais entre lesquels il est ballotté suivant une chronologie qu’il ne maîtrise pas et qu’il ne voit jamais ensemble ? Ses lieux de vie sont discontinus. Il se meut dans une espace fait lieux familiers distants géographiquement. Il en est de même pour l’adulte dont l’activité est segmentée en séquences qui se déroulent dans des lieux et avec des personnes ad hoc. Il passe en continu d’un lieu à l’autre et d’un groupe à un autre sans jamais en rencontrer un de stable qui soit plus important que les autres. L’adhésion aux activités, aux personnes, aux idées, dans ces conditions n’est que partielle et fonction d’objectifs propres c’est la base de l’individualisme social.
On opposera la vies sportive, les bandes, les associations bref toutes ces activités qui ont pour conséquence de créer du lien social renforcé et de donner un sens plus fort aux relations humaines. Les bandes géographiques forment la forme la plus archaïque et la plus résistante à l’individualisme dans la mesure où le groupe est d’abord associé à un lieu et où ceux qui en fond partie consacrent beaucoup de temps à être ensemble. Mais seuls les désoeuvrés pourront développer une activité de bande à temps plein si l’on ose dire alors qu’au contraire tous ceux qui s’inséreront dan des activité sociales (école, travail, sport) prendront peu à peu leurs distances.
Le même raisonnement peu s’appliquer à peu de chose prés aux associations et clubs sportifs qui en créant de la vie commune combattent l’isolement et par conséquent le développement de l’individualise.
Certes la vie religieuse elle aussi a pour effet d’agglutiner les individus dans un groupe de partage de convictions où les efforts communs, les célébrations collectives, les émotions partagées vont créer des solidarités fortes créant des liens solides capables de perdurer quels que soient par ailleurs les autres vécus séquentiels de chaque individu. Chacun participe à des activités variées en gardant par devers soi que l’essentiel n’est pas l’instant présent et les personnes avec qui il se trouve mais le groupe religieux qui fait sens et demeure en arrière plan présent « au fond du cœur ».
Mais la diminution de l’adhésion religieuse, et de la pratique, témoigne justement de la force de l’individualisme qui rend moins facile le partage fort d’émotions religieuses répétées.
Dans ce contexte l’engagement politique devient particulièrement difficile ou superficiel. Il le demeure lorsqu’il est abordé au même titre que les autres activités comme une action séquentielle. Les gens s’engagent mais pas trop sur les campagnes par exemple. Leur faible investissement peut entraîner facilement désinvestissement voire changement de parti.
Ceux qui veulent réellement s’engager se rendent facilement compte que le lien politique a cessé d’être global pour devenir comme toutes les activités, séquentiel. Toute l’idéologie qui exalte le groupe, le « se serrer les coudes », le lutter ensemble, toute cette terminologie pour l’essentiel propre aux partis de gauche est évidemment caduque.
Il est assez frappant de constater que les appel à la solidarité dans les actions Téléthon et « restaurant du cœur » entraînent assez facilement des comportement de générosité assez larges fondés sur le don qui reste un acte individuel et solitaire fortement valorisant pour le donateur mais que cette propension à la solidarité ne conduit pas l’individu à s’investir dans un groupe ayant pour objectif la solidarité. Le succès connu par ces appels à la générosité publique témoigne du désir de faire le bien unanimement partagé par la culture commune mais en même temps des limites que les individus mettent à leur engagement « pour les autres ». Un acte individuel et ponctuel suffit à satisfaire la pulsion empathique et celle ci ne débouche pas sur la formation d’un groupe motivé par des valeurs communes.
Certes, il existe encore un certain nombre de bénévoles qui ressentent le besoin de se mobiliser et de se « mettre ensemble » pour en faire plus, mais ils ne sont qu’une toute petite minorité dans une population qui au contraire garde ses distances par rapport à tout engagement.
D’autres groupes montrent par leur fonctionnement même à quel point l’engagement collectif est perçu comme limité et fortement lié aux intérêt personnels de l’individu. C’est par exemple les « associations de parents d’élèves » où l’on adhère tant que l’on est concerné par son enfant et que l’on quitte dés que l’enfant n’est plus dans le circuit scolaire. C’est typiquement une association d’usagers à but immédiat. Cela se traduit par l’investissement limité de ces associations sur les thématiques éducatives et sociales et sur les activités du monde éducatif et le rôle au contraire très important qu’elles jouent dans le contrôle des enseignants et de la régularité des décisions qui concernent les enfants. Les mandants ne s’intéressent en fin de compte qu’à ce qui est fait pour leur enfant.
L’engagement syndical souffre énormément aussi du manque de « sens collectif » des travailleurs qui ne s’engagent que sur des bases strictes d’intérêt personnel et prennent leur carte lorsque leur situation individuelle est d’une manière ou d’une autre fragilisée et la quittent dés que leur situation personnelle semble moins menacée et ne pas nécessiter un soutien collectif.
Bien sûr à ces tendances générales ont peut opposer de multiples contre exemples. Heureusement le monde n’est pas uniforme et les orientations sociales fortes n’entraînent pas cent pour cent des individus. Mais les descriptions précédentes font référence à des courants de fonds de la société qu’il est difficile de nier.
Le défi auquel se trouve confronté la gauche démocratique tient pour l’essentiel aux constats précédents. Former une majorité politique dans un système démocratique cela suppose qu’on est capable de développer un corpus idéologique capable d’entraîner une majorité de concitoyens. Mais dans une société noyautée par l’individualisme quel discours rassembleur fondé sur des valeurs d’intérêt collectif, de solidarité et de partage peut on développer avec l’espoir d’être entendu ?
Le nivellement des idées et des valeurs fait aussi que chacun fait son marché idéologique personnel. Il n’y a plus de grande valeur sociale qui structure le monde et s’impose avec une force transcendante comme pouvait l’être le catholicisme dans un passé pas très lointain ou bien un idéal révolutionnaire dans un milieu ouvrier. Aujourd’hui chacun au gré des humeurs de ses lectures ou de ses rencontres va se forger sa vision du monde finalement unique et condamnée à le rester.
Un parti ne pourra donc espérer proposer un « complet à penser » comme c’était le cas dans un passé récent mais devra au contraire proposer une sorte de « module adaptatif » susceptible d’être adopté par une majorité de citoyens comme brique utile dans une construction personnelle.
De la plasticité et de l’efficacité de cette brique à s’imposer à un grand nombre de citoyens dépendra l’influence politique du parti. De plus il va falloir considérer que l’adhésion à un parti soit toujours partielle et pas entièrement satisfaisante car quelle que soit la plasticité du schéma proposé, il ne recouvrira jamais entièrement la construction individuelle intime de l’ensemble des individus.
C’est peut être de cette situation nouvelle qu’il faut rapprocher les « innovations » observées durant la campagne présidentielle où l’on a vu Nicolas Sarkozy mêler allégrement les signes destinés à l’extrême droite et des références à l’ensemble du passé français avec Jaurès et Guy Mocquet . De même les signes forts vers les milieux les plus racistes et ségrégationnistes se sont –il accompagnés de mise en valeur de personnes issues des minorités visibles. Un peu comme si le discours était construit sous la forme d’un argument fort et d’un contre argument correctif systématiquement énoncés en un même mouvement. Une manière de fournir à chacun une sorte d’autonomie pour se construire une image dosée à sa convenance.
De même Ségolène Royal avec les « internats militaires » par la suite devenus « humanitaires » et dotés de compléments de « prévention » donne à son discours sécuritaire un ton radical tout de suite complété par une alternative moins brutale permettant à chacun de se construire sur le sujet une vision personnelle ajustée.
Dans un monde aussi éclaté aussi hétérogène, impossible de démontrer au autres qu’ils sont dans l’erreur en opposant une idéologie globale. Le fractionnisme et la diversité des opinions s’imposent. Pour la même raison les noyaux terroristes ou kamikazes peuvent se développer tranquillement et en silence sans attirer l’attention sur eux. Ces petits groupes ne peuvent concerner qu’une toute petite minorité d’individus qui se sont rassemblés sur des bases d’idéologies extrémistes délirantes mais dans le relativisme général il n’existe pas de corpus absolu à leur opposer absolument. Il est impossible de les persuader qu’ils sont dans l’erreur en se fondant sur une référence universelle qui est justement niée par le relativisme ambiant.
Pour les partis à vocation majoritaire et le Parti Socialiste en particulier la question demeure, comment fonder une pensée politique susceptible de rassembler?
On ne peut y parvenir sans traiter de manière claire de ce qui peut être perçu de la lutte des classes dans une société capitaliste où les citoyens ont des comportements inspirés de l’individualisme tel qu’il a été explicité ci dessus. On voit bien que la notion de « classe sociale » a peu de sens dans ce contexte, même s’il existe dans les faits des gens qui ont des situations sociales et économiques similaires qui les opposent à d’autres groupes.
L’existence d’une communauté active et consciente, rassemblée suppose qu’au delà d’un groupe social défini par des rapports objectifs aux autres qui peuvent relever de la subordination économique, de l’exploitation, de la domination, il existe un minimum de contenu pour élaborer une conscience collective.
La mobilisation politique ne peut se fonder que sur des ressentis communs dans un univers où l’expérience de chacun est unique, et il faut en outre pouvoir proposer une vision de la société à laquelle puisse adhérer le plus grand nombre.
La thématique du « pouvoir d’achat » montre comment cette réalité s’impose au PS qui se focalise sur un concept suffisamment vague pour toucher l’ensemble des catégories sociales (après tout même les très riches peuvent voir leur pouvoir d’achat écorné). On constate que ce type de thématique touche sans difficulté l’ensemble de l’opinion publique mais on peut souligner les limites politiques d’un slogan qui ne conduit à aucun choix politique ou économique, si on ne considère pas une augmentation uniforme des revenus comme une proposition de bon sens. Certes Besancenot le fait en arguant à raison de la baisse de la part relative du travail dans la répartition des fruits de la production mais il se garde bien d’en expliquer les raisons. Il fait comme si la mondialisation n’existait pas et qu’il suffisait de décréter une répartition différente des richesses pour qu’elle se produise sans autres résistances. C’est peut être politiquement efficace mais c’est évidemment totalement irresponsable.
Quant à proposer un projet politique structuré voilà qui est bigrement difficile, tant sur chaque sujet les divergences se feront jour à l’infini.
Les changements peuvent avoir pour origine une contrainte nouvelle qui se fait jour, la crise du pétrole en rendant les déplacements coûteux va obliger à un renouvellement des pratiques sociales. Il n’est pas exclu que dans un avenir proche, le travail et les autres activités soient de plus en plus regroupées sur des espaces géographiques plus restreints avec comme effet un resserrement des liens sociaux et une perception nouvelle des rapports humains. Une autre forme de solidarité émergerait d’un mode de vie différent et donnerait à nouveau au désir du vivre ensemble des ressorts rénovés. Dans ce cas les changements ne se feront qu’après une grave crise bouleversant de fond en comble le mode de vie actuel.
Posté le 04.01.2008 par vivelagauche
Prenons la vie du bon côté, c’est la base de l’antique sagesse. Alors regardons comme une occasion de franche rigolade l’avalanche de nouvelles débiles qui envahissent nos écrans ces jours ci. Les français sont ils à ce point des gogos impénitents ou bien le système déraille t-il gravement ? Car enfin, la ministre de l’économie, madame Lagarde déclare pompeusement qu’elle sera vigilante sur le « lissage de la hausse » des carburants. N’est ce pas un charabia technocratique pour dire qu’elle ne fera rien pour contrer les hausses qui nous guettent et que le gouvernement n’envisage aucunement d’amortir par une baisse de la fiscalité la récente hausse du baril de pétrole à cent dollars ? Que faire sinon rigoler de tant de condescendance, de suffisance et d’indifférence aux gens?
Puis encore un gag inouï, un conseiller du président qui annonce fièrement que les ministres seront évalués. S’agit –il d’une évaluation continue, certificative ou formative comme disent les pédagogues et didacticiens en mal de théorie ? En tout cas devant cette entreprise d’infantilisation des excellences que faire sinon rire ? D’ailleurs si les ministres sont fichés dans une grille d’évaluation présidentielle, à quoi bon conserver le parlement qui dans les démocraties sert à contrôler le gouvernement? Il faut décidément rigoler !
Les sujets de blagues ne manquent pas ces jours ci, le pétrole à cent dollars, la baisse dudit dollar, la crise des subprimes toujours là, le ralentissement annoncé de l’Allemagne, la hausse du gaz qui est d'aprés les médias toujours dévoués une hausse moins haute que prévu donc une baisse,etc. Que du beau temps de tempête économique en perspective !
Et au dessus de tout, ce grand ballet tragicomique dont les vedettes sont par ordre d’entrée en scène Sarkozy, Chavez, Uribe et les Farcs avec les otages dans le rôle ingrat de l’arlésienne et cette pauvre madame Bettencourt dans ce tourbillon périlleux. Mais le plus drôle, le plus impayable, c’est que malgré ces blagues à répétition, la popularité de Monsieur Sarkozy reste intacte à un niveau élevé. Reconnaissons le, il y a sans aucun doute une bonne raison à cela, car dans un domaine essentiel au destin national la politique sarkozienne atteint pleinement les objectifs ambitieux initialement fixés par le Président à son fidèle ministre. A quelques dizaines de tziganes prés qui s’obstinent à revenir, nous aurons bien atteint le chiffre glorieux de 25000 expulsions. Aie la France !
Posté le 01.01.2008 par vivelagauche
Exit l’année 2007, année de désastres électoraux, de désordres partisans, de défaites de la gauche et du Parti Socialiste. Année des illusions perdues, des espoirs déçus, du rendez vous raté avec la nation. Année de l’effondrement définitif de maintes certitudes idéologiques, de disparition des « éléphants » cruellement éliminés dans les batailles successives. Année des erreurs et des suffisances, du manque de sérieux et de travail. Année des rêves naïfs et des constructions légères. La défaite de 2007 est pour la gauche une immense claque retentissante aussi grave sinon plus que l’humiliante défaite de 2002. Exit donc 2007. Sur tout cela à quoi bon revenir. Les acteurs grands et petits, tous les acteurs, se sont déjà exonérés par un bon livre d’explications, d’accusations, de justifications mais sans un seul mot d’excuses pour le peuple de gauche fourvoyé, fourbu et démoralisé.
Mais que sera 2008 ?
Certains comme d’habitude se disent que l’histoire est bonne fille, que Nicolas Sarkozy est tellement atypique et politiquement caricatural que les municipales ne peuvent être qu’un moment de revanche. C’est déjà cela le ton des discours des caciques impénitents. Il est peut être temps encore de jouer les Cassandre et de les inciter encore une fois à se remettre en cause, à faire preuve de lucidité, à se remettre à l’écoute de la société si compliquée, si complexe et ambivalente, à faire œuvre de sincérité et de morale, à se montrer pédagogues et engagés dans les combats auxquels la morale dont ils sont les chantres aurait du les mouiller depuis longtemps. A se montrer enfin plus politiques et moins politiciens. A être meilleurs stratèges et moins calculateurs. C’est un appel au secours, un appel d’urgence car les temps qui s’annoncent peuvent encore être ceux de défaites pires et de dépits plus profonds. La droite si puissante, si forte de ses soutiens financiers et médiatiques a encore d’immenses ressources pour hypnotiser les français, leur faire prendre des vessies pour des lanternes et obtenir des victoires électorales qui lui permettent de faire main basse su tous les pouvoirs de la république.
A tous, mais particulièrement à tous les militants qui jour après jour se battent pour les valeurs de la gauche, ceux qui veulent encore croire que le capitalisme arrogant n’est pas la fin dernière, Bonne année 2008.
Posté le 30.12.2007 par vivelagauche
Le terrorisme islamiste se développe progressivement et s’enracine dans le 21ieme siècle comme un mouvement d’importance mondiale. Au fil du temps et à des degrés divers les attentats sanglants touchent tous les pays. New York, Londres, Paris, Madrid, Charm El Cheik, Casablanca, Alger, les villes turques, Bali, le Pakistan et d’autres dans une liste qui commence à être impressionnante. Mais le phénomène ainsi décrit n’est pas l’histoire d’un mouvement terroriste marginal qui se développerait comme une excroissance pathologique des sociétés musulmanes. Les choses sont encore plus graves car si le terrorisme ne concerne que des minorités agissantes, une pensée islamiste et une pratique religieuse nouvelle inspirée par le radicalisme religieux se répandent comme une traînée de poudre dans nombre de pays musulmans où les islamistes deviennent majoritaires. Et c’est dans ces nouveaux adeptes d’une forme nouvelle de l’islam que les terroristes recrutent.
Comment expliquer la soudaine conversion des sociétés musulmanes à cette nouvelle religion ? Notons d’ailleurs qu’au moment même où les sociétés européennes se déchristianisent et où la place de la religion dans la vie sociale diminue fortement c’est un mouvement inverse qui se produit dans le monde musulman. Ce phénomène touche les musulmans en tous lieux, que ce soient les pays arabes, les pays d’Asie, ou même les communautés musulmanes des pays européens.
S’agit –il d’ailleurs d’une nouvelle religion ou en tout cas d’une pratique nouvelle qui constitue une rupture par rapport à d’anciens usages ? Sans doute, tant dans les sociétés musulmanes elles mêmes les nouvelles pratiques ont apporté de changements dans la pensée et dans les usages. Certes Voltaire s’en prenait déjà au fanatisme des musulmans et la tentation existe dans les milieux de droite de considérer que l’islam porte en lui comme de manière constitutive les ressorts du fanatisme et de la violence. Cependant il n’existe pas en islam, pas plus que dans les autres religions, une pratique uniforme des rites, en parcourant le temps et les lieux, en observant les différentes obédiences, on trouve toutes sortes de compromis et de situations qui témoignent que l’islam comme toutes les croyances est plastique et peut se prêter à nombre de pratiques. Le raidissement brutal des pratiques religieuses qui constitue l’islamisme actuel est un phénomène universel et récent qui touche toutes les sociétés musulmanes et leur impose des mutations qui ne semblaient pas aller de soi, il y a à peine vingt ans. Il faut donc rechercher à ce phénomène une cause assez générale et contemporaine qui a moins à voir avec l’islam lui même et plus avec le contexte de la fin du vingtième siècle.
L’effondrement du monde communiste a signifié avec lui la fin de l’idéologie marxiste comme agent de l’histoire contemporaine. On est étonné d’apprendre qu’il y a encore des mouvements révolutionnaires en Amérique latine. On voit les références au marxisme et au socialisme perdre de leur efficacité dans la mobilisation des peuples. Peu à peu, le capitalisme devient l’idéologie non pas dominante mais unique dans laquelle le monde se reconnaît pour comprendre et expliquer les mécanismes de la société, de l’économie et du pouvoir.
La mondialisation dernière fille du capitalisme sert de cadre conceptuel pour expliquer ou justifier l’ordre du monde. La culture dominante est faite d’un mélange de bons sentiments chrétiens et d’arrogance occidentale véhiculés par le cinéma américain, les séries, les télés, les livres américains diffusés dans une langue unique aux quatre coins de la planète.
Dans le monde arabe comme dans le monde musulmans les rebellions fondées sur le marxisme, le socialisme, la croyance dans le progrès scientifique, la raison et les droits de l’homme ont disparu après avoir existé pratiquement partout. Toutes les idéologies faisant l’éloge de la science et de la raison ont disparu ou sont en voie d’effondrement comme s’il s’agissait d’une piste provisoirement abandonnée de l’histoire du monde.
On n’a jamais autant demandé et obtenu du progrès scientifique dans tous les domaines, mais au même moment il y a un abandon pur et simple de la croyance au progrès par la science.
Cette perte de confiance dans le progrès se constate aussi en France où aucune idéologie de rechange n’est venue combler le vide, et où les individus coincés dans un mode de vie très segmenté adhérent sans retenue à des postures individualistes et à une idéologie relativiste qui les met en position de consommateurs dans tous les domaines de l’art et de la culture.
La révolte contre la misère et l’humiliation imposées par l’occident capitaliste triomphant le trop long conflit du moyen orient conduisent à une réaffirmation identitaire fondée strictement sur la religion. Elle devient une idéologie de la révolte, de la révolution le seul moyen de revendiquer sa dignité face à un occident arrogant. Ce mouvement général qui traverse de part en part le monde musulman, le transforme d’une manière saisissante et l’entraîne vers un destin terrifiant.
Toute la société est concernée par un prurit identitaire religieux, cela va des partis islamistes modérés jusqu’aux extrémistes les plus dérangés. Il y a en eux une différence de degré pas de nature. Face à eux, les populations riches et instruites, modernes et occidentalisées ne s’appuient que sur les armées et des régimes autoritaires qui résistent en le suivant au vaste mouvement de radicalisation religieuse.
Aucun des pays n’échappe à une forme de régime autoritaire dont le but est de contenir les islamistes sauf en Iran où ils ont définitivement pris le pouvoir.
Le Pakistan ne présente pas par rapport à ce schéma mondial une différence notable, il est traversé par des antagonismes farouches entres classes éclairées et islamistes radicaux dans une lutte acharnée pour le pourvoir.
Comme au Maroc, en Tunisie, en, Egypte, si on laissait la démocratie s’instaurer, le régime serait partout islamiste. Il ne faut pas espérer mieux et penser que somme toute en Turquie les dirigeants islamistes sont tout de même modérés. On constate que le mouvement islamiste est devenu majoritaire dans un nombre de pays et que partout il provoque cependant une forte résistance d’une partie de la population qui adhère à des valeurs de tolérance, de modernité, de démocratie. Le conflit mondial déchire d’abord les pays musulmans en créant en leur sein une terrible ligne de fracture.
Ce qui est effrayant c’est le caractère totalitaire et irrationnel de la pensée islamique c’est le caractère quasiment sectaire de pratiques et de rites qui envahissent la vie quotidienne et la conscience du sujet et le rendent définitivement inaccessible à la raison, au dialogue, à la reconnaissance de l’autre. Tout cela tient –il au contenu traditionnel de l’islam ? A cette pratique extrémiste développée par les courants fondamentalistes de l’islam qui se sont développés au cours du 20ième siècle ? A l’oppression ? A la misère ? Qui peut répondre ? Ce qui est certain c’est que dans les sociétés musulmanes d’ Afrique du nord où la piété de la population a toujours existé, le radicalisme religieux se développe aujourd’hui partout au détriment d’une pratique tolérante et éclairée. Comme si ce qui était avant un élément d’identité sociale intégré à une société en harmonie avec elle même devenait une obligation forcenée d’en faire plus pour bouleverser la société musulmane elle même pour la faire évoluer vers un idéal fantasmé et totalitaire.
Alors par quel bout prendre une crise mondiale qui se décline par autant de phénomènes locaux qui s’attaque au mode de vie et de penser des milliards de musulmans qui bouleverse leur vie et s’empare de leur conscience avec tant de force ? le problème politique et sécuritaire posé par les mouvements terroristes qui est la forme extrême et pathologique de ce vaste mouvement social d’ensemble est celui qui focalise l’attention des opinions occidentales mais ce n’est pas et de loin le plus important et le plus complexe.
Le capitalisme mondial et l’oppression qu’il exerce sur les masses misérables qu’il maintient dans la servitude et la pauvreté a une face. L’ordre du monde et sa violence véhiculent dans tous les faubourgs de la planète, dans le plus reculé et dans le plus pauvre des quartiers les images des films hollywoodiens, les séries américaines et les commentaires de la presse américaine. Le monde fantasmatique que découvrent jour après jour au travers de ces oeuvres les jeunes pauvres du monde entier sont une vision fantasmée universelle de la société occidentale. Face à ces images de corps jeunes et libres, de consommations libérées, de sexualités assumées, le discours islamiste est tout simplement le discours de la révolte. Leur bouc émissaire est tout simplement le standard de vie et de culture que dessinent ces messages répétés. Ces images sont tellement irréelles et désincarnées que toute la violence de la haine peut s’exprimer librement sans se heurter à des interdits moraux qui existent partout mais qui concernent des êtres vivants.
Pour un européen rationaliste, la manière dont les jeunes musulmanes adoptent le voile plus ou moins intégral est une aberration difficilement concevable tant ce geste se traduit par une servitude proclamée et une sorte de supplice imposé à son propre corps. Mais si on considère que dans la démarche de la jeune fille l’acte premier est le refus de la société occidentale et à travers elle le refus de l’image et du rôle de la femme dans cette société, qui en est justement un des éléments constitutifs les plus caractéristiques, on peut facilement comprendre que la jeune musulmane adoptera des signes opposés pour signifier son choix du refus de l’occident et par conséquent à ceux qui sont censés dénuder les corps opposera le corps entièrement vêtu, à ceux qui préconisent la liberté sexuelle et le contrôle des naissances opposera la soumission à l’homme et l’acceptation des maternités multiples, à ceux qui préconisent l’autonomie et le travail opposera la dépendance et l’enfermement domestique. Au final les justifications des comportements aberrants des femmes islamistes ne sont pas à rechercher dans une lecture justificatrice des textes sacrés mais seulement à connoter comme des signes d’opposition à une image culturelle qui est en quelque sorte retournée pour devenir une affirmation de soi dans une opposition radicale.
Cette explication permet de mieux comprendre comment des adolescentes vivant en France dans des familles intégrées sont tout à coup prises du désir furieux de mettre en pratique des usages aussi contraignants à un âge où l’affirmation de soi passe par des oppositions systématiques à des normes imposées.
Il est bien possible que dans un raisonnement de même type on puisse mieux comprendre comment se construit une personnalité kamikaze chez des islamistes tant le cheminement qui conduit à ces actes déments apparaît sur tant de points en opposition avec des valeurs énoncées dans la pensée occidentale, la valeur de la vie, le respect des innocents, le respect des femmes et des enfants, l’égale valeur des humains etc. qui sont des préceptes littéralement retournés dans la pensée des kamikazes.
Il se pourrait que malgré les affirmations de ses maîtres la vraie source de l’islamisme ce ne soit pas les textes sacrés de l’islam mais plus banalement et malheureusement plus efficacement une construction intellectuelle d’opposition systématique aux valeurs occidentales. A chaque précepte que l’occident met en exergue, les islamistes opposent avec la plus nette radicalité l’anti-précepte. Cela donne cette foi qui nous paraît barbare parce que construite par opposition systématique à nos valeurs elle a pour but justement de se placer en opposition tranchée avec les convictions intimes des occidentaux considérés comme responsables de tous les maux actuels de la planète. Cette opposition visible et totale devenant la marque identitaire pour indiquer l’appartenance au groupe des révoltés qui vomissent l’ordre existant imposé par la domination occidentale.
Cette radicalité a été de toutes manières prêchée de la manière la plus ouverte par l’iman Khomeiny qui traitait l’Amérique de « grand Satan ». Certes ce discours faisait sourire mais finalement on aurait du le prendre plus au sérieux parce que c’est par une construction idéologique de négation des valeurs occidentales que se crée l’intégrisme islamique. Son bagage moral ne serait au final qu’e le résultat de l’inversion de la morale occidentale.
Cette situation est à comparer avec les mouvements progressistes arabes de libération coloniale qui avaient pour but de libérer les peuples et de leur permettre de bénéficier des mêmes valeurs et des mêmes progrès que les occidentaux. C’était encore l’époque où on encensait la science porteuse de progrès, alors qu’aujourd’hui les fonde mentalistes tentent de remettre en cause ses acquis en s’appuyant sur toutes sortes de théories fantaisistes sur l’évolution et la biologie.
Si au terme de cette réflexion nous sommes bien parvenus à un début de diagnostic de ce qui constitue le plus grand problème du 21ième siècle avec les incertitudes climatiques dont l’urgence est aussi tellement grande, il ne faut pas croire que cela nous donne automatiquement la clé de ce que les hommes de progrès doivent faire pour lutter efficacement contre ces mouvements réactionnaires.
Faut –il laisse les gens vivre tranquillement dans ces dérives qui portent en elles les racines d’un conflit universel ? Faut-il les combattre ? Et comment ? Quelle tristesse de voir des millions d’êtres humains s’imposer des conditions de vie difficiles et douloureuses pour de simples mobiles idéologiques dont ils ne perçoivent même pas le caractère contingent.
Quelle tristesse aussi de voir des combats séculaires si difficilement menés pour libérer les femmes par exemple totalement mis à mal par le désir de s’opposer au modèle culturel dominant.
Posté le 28.12.2007 par vivelagauche
La mort de Benazir Bhutto est un événement qui soulève le cœur et plonge dans la stupeur. Rendons hommages à cette femme qui vient de payer de sa vie l’espoir qu’elle représentait d’un autre destin pour son pays.
Mais la rage vient aussi en pensant à la nullité du gouvernement et de l’administration américains, incapables de construire des scénarios valides dans leurs interventions extérieures. Après le fiasco irakien, les médiocres résultats de leur intervention en Afghanistan, on les voit gérer le problème pakistanais avec un amateurisme qui fait frémir quand on pense que ce pays est doté de l’arme nucléaire. Ce sont eux qui ont imaginé le retour de Benazir Bhutto au Pakistan pour y gagner les législatives et partager le pouvoir avec le président actuel. Belle martingale qui supposait que les éléments fanatiques allaient laisser faire sans réagir comme s’ils avaient déjà reculé devant la nécessité d’assassiner femmes et enfants.
L’indigence de la politique américaine fait frémir. Il suffit aux terroristes d’accomplir leur œuvre de mort pour que le roi soit nu. Que va-t-il se passer maintenant? Et le scénario catastrophe que les Etats Unis étaient sensés endiguer n’a-t-il pas tout simplement pris un coup d’accélérateur ?
Posté le 28.12.2007 par vivelagauche
La mort de Benazir Bhutto est un événement qui soulève le cœur et plonge dans la stupeur. Rendons hommages à cette femme qui vient de payer de sa vie l’espoir qu’elle représentait d’un autre destin pour son pays.
Mais la rage vient aussi en pensant à la nullité du gouvernement et de l’administration américaines, incapables de construire des scénarios valides dans leurs interventions extérieures. Après le fiasco irakien, les médiocres résultats de leur intervention en Afghanistan, on les voit gérer le problème pakistanais avec un amateurisme qui fait frémir quand on pense que ce pays est doté de l’arme nucléaire. Ce sont eux qui ont imaginé le retour de Benazir Bhutto au Pakistan pour y gagner les législatives et partager le pouvoir avec le président actuel. Belle martingale qui supposait que les éléments fanatiques allaient laisser faire sans réagir comme s’ils avaient déjà reculé devant la nécessité d’assassiner femmes et enfants.
L’indigence de la politique américaine fait frémir. Il suffit aux terroristes d’accomplir leur œuvre de mort pour que le roi soit nu. Que va-t-il se passer maintenant? Et le scénario catastrophe qu’ils étaient sensé endiguer n’a-t-il pas tout simplement pris un coup d’accélérateur ?
Posté le 28.12.2007 par vivelagauche
Dans l’affaire de l’Arche de Zoé, on est stupéfait par les condamnations prononcées par la justice tchadienne. Huit ans de prison pour ce qu’on peut considérer comme un excès d’humanitaire insensé à comparer avec par exemple les peines prononcées contre des incendiaires criminels en France. Dans cette lamentable histoire, il faut quand même avoir le courage de faire le tri et de dire les rôles de chacun.
D’une part aucun doute n’est à ce jour permis sur les intentions humanitaires des membres d’une association qui bardés de certitudes occidentales et du désir de faire le bien à tout prix, ont pensé que leurs valeurs prévalaient sur tout. IL est assez intéressant de relever que conformes à la société dans laquelle ils vivent, ils considèrent l’enfant comme la valeur suprême dont le salut prime sur tout et ils ont sans doute regardé avec trop de condescendance et de mépris la société africaine dans laquelle ils intervenaient et les adultes qui s’y débattent.
D’autre part une société tchadienne si pauvre où les petites combines pour rendre la survie plus facile ne sont pas forcément de grands crimes, où les liens de parenté et le vocabulaire associé sont tellement différents qu’on pouvait largement interpréter les demandes des humanitaires. Comment ne pas penser que des parents misérables ont légitimement considéré comme une aubaine pour leurs enfants une institution humanitaire qui nourrissait, soignait et scolarisait les enfants.
Au départ un jeu pas réellement méchant qui n’est devenu insupportable qu’au moment où a été révélée l’intention d’emmener les enfants en France. Sûr qu’alors les petites combines sont devenues des catastrophes car derrières les mensonges des uns et des autres, il y a du avoir des peurs terribles de règlements de comptes au couteau. La peur des entremetteurs locaux d’être impliqués et accusés de complicité d’enlèvement devait les conduire à tout faire pour que le projet d’envoi d’enfants en France avorte.
Dans un pays africain être en conformité avec la loi ne suffit pas si on ne bénéficie pas en sus de la bienveillance du pouvoir. Alors si tout n’est pas clair et si chacun se sent menacé, il faut s’attendre à ce que les autorités en fassent des tonnes pour se couvrir.
Le lâchage médiatique initial de la ministresse française des droits de l’homme ne tombait pas dans l’oreille d’un sourd. Le président tchadien se saisissait immédiatement du problème pour en faire un sujet d’indignation nationale dans lequel il était le porte drapeau de la fierté tchadienne face à des blancs présomptueux. Pour un pouvoir qui fait face à une guerre civile et qui règne sur la pauvreté sans pouvoir seulement faire espérer qu’elle se réduira, l’occasion était trop belle de s’offrir un rôle rassembleur et valorisant.
Les gesticulations sarkoziennes ont sans doute par leur arrogance, contribué à aggraver la crise en donnant à cette affaire encore plus d’importance, plus de valeur symbolique.
La suite judiciaire ne pouvait connaître d’autre issue qu’une lourde condamnation destinée à laver l’honneur tchadien. Les parents des enfants sommés par leur milieu de manifester leur indignation ne pouvaient se soustraire au devoir d’exprimer indignation et colère, ce qu’ils ont fait. Les juges, les avocats et les médias tchadiens qui subissent passivement la pression d’un pouvoir dans une société où ces métiers demandent tant d’abnégation n’avaient pas tant que cela, des possibilités d’indépendance par rapport à une opinion publique et à un pouvoir unanimes. Que faire d’autre que d’en rajouter des tonnes dans un feuilleton qui ne saurait être qu’un épisode insolite dans la monotonie de leur vie?
Les médias français en annonçant avec un mépris total pour l’indépendance du Tchad le retour rapide des condamnés en France ne font que verser de l’huile sur le feu. Ils contraignent quasiment tout ce qui compte au Tchad à manifester contre un mépris total exprimé sans nuances sur un pouvoir et une société traités comme des inférieurs.
Au total , en dehors des innocents toujours cantonnés dans un orphelinat et dont l’avenir est un immense point de suspension, tous les intervenants sont des coupables.
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