Posté le 27.11.2007 par vivelagauche
Engagée dans un combat méritant de solidarité avec des mal logés, Josiane Balasko s’exclame à la télé : Mais où est l’opposition, l’opposition c’est nous ! Un peu comme s’il ne pouvait y avoir de mobilisation populaire sur quelque sujet que ce soit sans que le Parti Socialiste se trouve en tête du mouvement. Le combat pour les mal logés du pavé parisien est méritant et charitable mais ce n’est pas que l’on sache un combat politique de grande envergure. D’ailleurs Sarkozy a donné entière satisfaction aux associations qui lui demandaient quelques dizaines de logements. Il n’y a pas eu pour autant en la matière définition ou modification de la politique du logement. Ce n’était pas l’objet de la demande et les millions de mal logés étudiants, classes populaires mais aussi classes moyennes de France et de Navarre ne peuvent espérer un bénéfice quelconque de l’action qui a eu lieu. On peut donc reprocher au PS son manque de sollicitude pour une action charitable ponctuelle mais pas son manque d’offre politique sur une action qui n’est pas politique.
Le logement est d’ailleurs un sujet difficile sur lequel il faut avoir des convictions tout en se gardant de développer des raideurs idéologique. Toute mesure peut avoir des effets économiques contreproductifs dans un domaine où les lois du marché jouent à plein et se rient de la morale.
Le problème de Sarkozy c’est que sur un tel sujet il a des slogans (Une France de propriétaires) mais il n’a pas de politique. La seule mesure sur la défiscalisation des intérêts est insuffisante à changer significativement la donne.
Une véritable politique du logement est d’ailleurs avant tout un vaste chantier technique car il faut pour réussir à adapter les offres de propriété ou de location agir sur les incitations, les règles du marché, le rôle des collectivités territoriales, la teneur de la protection apportée par la loi aux différents types de contrats qui lient les protagonistes, la protection de l’état aux plus faibles, l’incitation aux financements nécessaires. Il faut assouplir les réglementations ou légiférer sur les prix pour d’une part que le marché devienne vertueux c’est à dire produise l’offre nécessaire et d’autre part que l’état assume le logement des plus démunis. C’est un travail minutieux d’horlogerie qui demande une volonté politique ferme, un sens aiguisé des mécanismes de l’ingénierie économique et étatique, un solide sens de la négociation. Il ne semble pas que les ministres concernés soient dans un pareil processus et Mme Balasko non plus. Reste que le PS lui aussi a encore du chemin à faire avant d’avoir sur pareil sujet un projet qui ne soit pas seulement un slogan.
Que faisait le PS ? s’exclame Besancenot après avoir tiré un bilan délirant d’une lutte sur laquelle il a caracolé pendant quelques jours en voulant passer pour l’avant garde d’un mouvement qui ne dépendait pas de lui. Pour le champion du « mouvement social » qu’il se veut, une grève et des manifs c’est un biscuit dont il est friand. N’avait-il pas imprudemment promis à Sarkozy un troisième tour « dans la rue » qui tarde à venir ? Donc pouvant, une fois n’est pas coutume, être autre chose qu’un imprécateur solitaire, notre héros gauchiste ne peut que vilipender la gauche « molle », celle qui se bat dans les urnes et qui ne fait pas croire au peuple qu’on va voir ce qu’on va voir en promettant de déverser dans la rue des millions de manifestants qui bizarrement manifesteraient sans voter.
Ce que Besancenot oublie c’est que même dans le cas du CPE où la rue était occupée par un grand nombre de manifestants ce qui avait été déterminant dans l’abandon du projet ce sont les chiffres négatifs des sondages qui eux donnaient l’opinion des gens qui ne manifestaient pas. Pour le gouvernement l’opinion des gens qui ne sont pas dans la rue compte aussi car c’est une donnée non négligeable du rapport de forces.
Le PS a navigué avec prudence dans cette crise pour ne pas se couper des salariés et des syndicats concernés sans verser de l’huile sur le feu. La charge de ses adversaires est donc plutôt injuste car il s’est plutôt bien comporté durant une crise où il se trouvait dans la situation désagréable de ne pouvoir qu’influencer à la marge les événements.
Le PS manque de leadership, le PS manque d’idées, le PS manque d’initiatives telle est la ritournelle du moment dans les médias qui en remettent des louches à satiété.
Comment faut-il prendre cette immense demande qui exprime une déception pour les uns mais aussi une joie dissimulée pour d’autres. Peut être tout simplement comme un manque, comme le constat que la seule force d’opposition qui vaille c’est celle que le PS est capable d’organiser. Depuis la présidentielle et les législatives, le rouleau compresseur de la droite se déroule sans retenue, cela est dans l’ordre des choses d’une victoire politique aussi nette et il n’est pas dans les possibilités du PS de l’empêcher. En conclure que l’opposition du PS n’est pas à la hauteur, c’est aller vite en besogne et simplifier à l’extrême en postulant qu’on peut s’affranchir d’une chiquenaude de la réalité des forces politiques. Au total malgré ses imperfections faciles à dénoncer on peut observer que le travail parlementaire d’opposition se fait au jour le jour avec le plus grand sérieux.
Le PS ayant perdu les élections ne peut s’opposer avec toute la force qu’il faudrait à la droite, sa faiblesse est celle de la défaite électorale mais d’un autre coté si tout le monde l’interpelle c’est tout simplement parce qu’il reste indiscutablement la seule force d’opposition crédible. Dans le champ politique il y a Sarkozy et le PS. Les autre formations n’ont plus qu’une existence confidentielle et sont dans un état autrement piteux que le Parti Socialiste. Faut-il le rappeler, le FN a vu son électorat siphonné par Sarkozy et se retrouve en crise. Les communistes ont obtenu des scores catastrophiques qui remettent en cause leur existence même. L’extrême gauche en dehors d’un succès d’estime attaché à la personnalité charismatique de Besancenot n’a réussi aucune de ses entreprises de regroupement ou d’élargissement et se retrouve avec un électorat globalement diminué. François Bayrou est une personnalité intéressante mais sa stratégie et ses positions l’ont isolé et il n’a pas à ce jour tiré le moindre parti de sons score au premier tour. On ne fera croire à personne qu’il n’avait pas imaginé autrement les résultats des législatives.
Finalement il n’y a bien en présence que Nicolas Sarkozy et ses troupes et le Parti Socialiste qui pour le moment bien que minoritaire, est la seule force d’opposition d’envergure.
Il n’y a aucune raison d’imaginer qu’aux prochaines élections les citoyens s’ils basculent du soutien vers l’opposition ne donneront pas au seul parti de gouvernement en dehors de l’UMP les moyens de l’alternance.
Pour le parti socialiste le problème est donc simple, il doit continuer à se reconstruire patiemment en travaillant à son projet, aux idées et sans se laisser piéger par les élucubrations exagérées des déclinologues de salon qui voudraient lui tordre le cou.
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Posté le 23.11.2007 par vivelagauche
Terminer une grève
Il faut savoir finir une grève, mais il est encore plus intelligent parfois de ne pas la commencer et de négocier tant que le rapport de forces est virtuel car il peut arriver que l’adversaire surestime vos possibilités. Le gouvernement dans la préparation de cette phase a beaucoup travaillé à décliner sa détermination et à bomber le torse pour persuader les syndicats qu’il ne céderait pas. Les syndicats ont affiché une résolution constante qu’ils résisteraient par une grève dure. Que reste – t –il de ces positions initiales au moment où la grève s’achève ? On constate que le soutien de l’opinion publique au gouvernement n’a pas faibli et que les médias ont soutenu son action avec constance pendant toute la période. Les fortes gueules des courants durs ont réussi à mobiliser la masse à peine quelques jours et très vite on a compris que seule une minorité allait tenir et faire durer. Si certains ont pratiqué le turn-over c’est une manière de reconnaître que l’engagement des salariés était limité. Dans cette grève les syndicats et le parti socialiste perdent gros. Le PS a gardé une attitude prudente essayant de manifester une solidarité relative avec des catégories sociales acquises à la gauche sans verser de l’huile sur le feu d’un conflit perdu d’avance au dénouement prévisible. Son attitude de ni,ni lui vaudra un jugement caricatural d’indécision alors même que sa position découlait d’une analyse lucide de la situation. Bernard Thibault a tout au long de la crise montré ses qualités de grand dirigeant syndical même s’il a du faire face à une base très dure qui a contesté sa volonté de négocier. Ceux qui espéraient montrer leurs gros bras et voulaient en découdre pour faire reculer le gouvernement, qui disaient à l’encan qu’on allai voir ce qu’on allait voir ont piteusement disparu de la scène médiatique. On a vu qu’en huit jours de grève le mouvement s’est entièrement essoufflé et que les syndicats iront négocier sur les bases fixées par le gouvernement.
Ce sera une grande victoire sarkozienne que ses opposants paieront en terme d’image pendant des années. Génial !
Tout cela était prévisible, inéluctable mais l’illusion que les reculs de Juppé étaient reproductibles a aveuglé sans doute plus que de raison un certain nombre de durs. L’extrême gauche joue dans un conflit de ce type un rôle extrêmement négatif en entretenant des illusions ridicules sur le rapport de force elle entraîne les travailleurs dans des combats qui se terminent en désastres. Lorsque l’échec est là, la déception gagne tout le monde et au final une fois enfoncées les résistances populaires le pouvoir trouve devant lui un boulevard pour imposer ses vues.
Comment maintenant lancer une grande grève pour défendre des principes sur le droit du travail si les réformes proposées l’imposent ? Ce sera vraiment difficile !
Si la grève des régimes spéciaux n’avait pas eu lieu, la force de mobilisation syndicale resterait du domaine de l’évaluation de la spéculation. Maintenant elle est de l’ordre du passé. Elle n’existe plus. Elle est à reconstruire !
La crise étudiante
Le seul conflit qui a un sens actuellement c’est évidemment la crise étudiante qui devrait faire l’objet de toutes les attentions et de toute la solidarité des forces de gauche? Non pas que les termes posés par les étudiants manifestants aient un sens rigoureux mais parce que derrière les revendications pas toujours construites se trouve une énorme crise multiforme des universités. Mais il ne s’agit pas d’encourager des mouvements extrémistes dans des actions dont la popularité n’est pas acquise car l’inquiétude conduit aussi bien à la révolte qu’à la soumission. Le parti socialiste devrait d’abord se mettre au travail pour diffuser un mémoire sur sa vision de la crise et les moyens d’en sortir et initier un véritable travail d’interpellation parlementaire du gouvernement sur tout ce qui doit se faire d’urgence dans le domaine universitaire et non pas être renvoyé aux calendes grecques.
- Proposer des mesures immédiates pour diminuer la galère des étudiants les plus pauvres.
-Inviter chaque université à mettre en place une structure conseil pour que chaque étudiant de DEUG puisse faire le point sur son orientation.
- Ajouter des compléments de formation pour doper les cours des premiers cycles afin d’améliorer le taux de réussite
- Introduire des formations transversales complémentaires permettant d’améliorer la qualité des formations proposées en licence et master.
Ces propositions recoupent les projets gouvernementaux mais il faut bousculer celui ci pour accélérer son action. Il ne faut pas que la génération actuelle se considère comme sacrifiée. Pourquoi ne pas interpeller le pouvoir en lui demandant un plan d’urgence ?
La cuillère du diable
Il faudra revoir l’argenterie de l’Elysée car en fin de compte la cuillère n’était pas assez longue, l’aventure Chavez ne se passe pas comme prévu et semble évoluer vers de l’eau de boudin. Sauf si Chavez rebondit dans les jours qui viennent mais c’est encore une autre histoire. Est ce qu’Uribe veut empêcher à tout prix une rivale à la présidence colombienne de refaire surface? C’est possible mais il se peut qu’il ait fait l’objet de pressions espagnoles ou américaines pour empêcher Chavez d’apparaître en généreux sauveur d’otages en Europe .
Car Chavez dérange, non pas tant par ses propos que par ses actes. Son profil de « gauche révolutionnaire » en Amérique du sud ne plait certainement pas ni aux américains ni à nombre de ses voisins mais cela le conduit à rechercher des alliances tous azimuts et c’est là que le bât blesse. Se rapprocher comme il le fait de l’Iran sans que l’on puisse voir à quoi concrètement cela peut conduire du point de vue des actions est tout de même une orientation imprudente. L’Iran est un pays dangereux non pas tant par sa bombe encore virtuelle mais par son orientation idéologique qui pèse sur l’ensemble du moyen orient et de l’Afrique du nord. Certes la gesticulation des américains en Irak avec leur scandaleuse guerre et occupation, leur incapacité à conduire à bien un retour à un régime modéré en Afganistan, leur incapacité à contribuer à la stabilité du Pakistan contribuent à rendre une immense zone particulièrement explosive ? Mais l’Iran des mollahs est un sacré modèle d’état islamique avec tout ce que cela sous entend de régression sociale et mentale. On ne peut pas se contenter de se rassurer en constatant que quelques milliers de privilégiés du régime arrivent à s’organiser pour mener une vie moins contraignante dans quelques îlots touristiques. Ce serait une illusion d’optique de lire dans cet épiphénomène bourgeois les évolutions futures d’une régime violent et oppressif fondé sur la religion ce qui lui donne des arguments pour être totalement totalitaire et ne pas laisser aux individus une parcelle de conscience non contrôlée. A tous les optimistes il faut rappeler que l’URSS a duré 71 ans et le franquisme 40 ans. Plus les dictatures sont inhumaines et cruelles et plus elles ont d’atouts pour durer longtemps. Même Polpot fossoyeur du Cambodge n’a pu être délogé que par une intervention extérieure. Hugo Chavez prend des risques considérable en s’affichant en ami de ce régime. Cela le rend infréquentable et Paris a tort de miser sur lui, même si par miracle il parvient à libérer Mme Bettencourt.
Posté le 22.11.2007 par vivelagauche
L’éminent Jacques Marseille, professeur en Sorbonne de son état, économiste reconnu est un grand soutien de Sarkozy et de la droite en général. Comment opposer une objection ou un argument à pareille sommité sans passer pour un précieux ridicule ? Les journalistes et ses autres interlocuteurs, à la télé, se tiennent à carreau et ne s’amusent pas à le reprendre même lorsqu’il se trompe. On les comprend. Et moi même anonyme militant de surcroît masqué par un pseudo j’ose à peine m’y risquer.
Souvent l’émotion le gagne lorsqu’il vitupère la gauche, les syndicats, les régimes spéciaux et tutti quanti au point qu’on croit parfois le voir rougir. Dans sa ligne de mire de champion de l’économie libérale et de la mondialisation il y a les services publics (il semble convaincu que tout marche forcément mieux quand c’est privé) l’état et évidemment les fonctionnaires. Au point qu’on peut se demander s’il n’y a pas une pointe de masochisme dans tant de visible hostilité. A écouter l’excellentissime professeur on pourrait croire que les fonctionnaires ne méritent pas leurs salaires et que tous ont obtenu leurs postes au travers d’obscurs passe-droits. Pourtant à ma connaissance d’ignare citoyen de base, il existe pour entrer dans la fonction publique de très durs concours auxquels beaucoup échouent. Monsieur Marseille pourrait donc reconnaître au moins aux agents de l’état une solide formation initiale indispensable pour réussir ces fameux concours. Il pourrait comprendre que l’état aurait du mal à s’attacher les services de ces jeunes gens de talent s’il n’offrait quelques avantages de carrière qui ne sont pas nécessairement salariaux. Et que si l’état y perd en liberté de manœuvre, il y gagne en qualité des recrues, en fidélité et intégrité des personnels. Mais son hostilité à l’égard des fonctionnaires est si grande!
De plus en sarkozyste pratiquant Monsieur Marseille utilise sans retenue la méthode de son patron, face à un problème, il s’en prend aux gens plutôt que d’analyser les structures. Au lieu de parler de réforme de l’état (il l’évoque quand même un peu mais sans réellement s’appesantir) il se focalise sur les suppressions de postes et manie avec une sorte de délectation la hache budgétaire. C’est plus radical et moins compliqué et cela assouvit sans doute d’obscurs désirs de vengeance. Il critique à juste titre l’inflation galopante des effectifs de la territoriale qui se produit sans que rien ne change dans la fonction publique d’état. Mais que ne prend- il pas la peine d’expliquer aux téléspectateurs que de cette dérive de l’effectif de la fonction publique, les fonctionnaires ne sont strictement pas responsables. Ce sont les élus qui votent les budgets et décident des recrutements. Ce sont les pratiques politiques de droite comme de gauche qui nourrissent cette tendance pernicieuse. Alors Monsieur Marseille soyez sympa, à votre prochain passage à la télé dénoncez tant que vous voulez les responsables, les vrais décideurs, les maires, les présidents de conseils généraux, régionaux, les présidents de communautés de communes et d’agglos, les ministres. Si on ne réforme pas l’organisation du pouvoir démocratique pourquoi croyez vous que l’on parviendra à diminuer les effectifs des gens qui sont à la disposition des élus et dont le nombre et la qualité témoignent de la puissance des instances qu’ils servent.
Monsieur Marseille a tellement de hargne contre les fonctionnaires qu’il a commis un lapsus surprenant chez un expert en chiffres comme lui, il a textuellement dit : quand vous augmentez de 1 % les fonctionnaires c’est neuf milliards d’euros. Le coût total des trois fonctions publiques étant de 227 milliards y inclus les retraites, une augmentation de 1% cela fait 2,27 milliards mais le 9 fait penser aux 90 milliards que coûtent les actifs de la fonction publique d’état. Erreur dans ce cas d’un facteur dix en trop du à une inattention passagère sans doute mais aussi au désir inconscient et violent de grossir le trait, de montrer combien la chose est énorme, insupportable, inadmissible. Pour le téléspectateur heureusement au delà de 150000 euros prix de base d’un appartement commun, personne ne sait trop ce que sont un million ou un milliard d’euros. Alors dix fois plus cela fait plus d’effet pour peu de conséquences.
Posté le 20.11.2007 par vivelagauche
Les mal logés
La crise du logement qui frappe ces personnes hébergées en hôtel et à grand frais témoigne des travers de la société française. La stratification des types de logements visible dans nos villes et campagnes est sans doute la forme la plus explicite de la hiérarchie sociale dans un pays au fond très inégalitaire. Comme par hasard ceux qui ne trouvent pas de logis et qui sont dans la rue ou hébergés dans des conditions nauséabondes sont souvent surtout quand il s’agit de familles, des noirs et des magrébins. C’est le signe le plus clair de la discrimination dont sont victimes les minorités visibles dans la société française dans laquelle le racisme est un moteur social sous jacent qui explique nombre de comportements. Ces mal logés ne sont même pas des miséreux économiques, ils ont de quoi payer un loyer convenable et pourtant ils sont exclus de la cité. Les gens qui les soutiennent parlent de déficit de logement et de problème social alors qu’il faut avant tout dénoncer l’immoralité du racisme et des comportements ségrégationnistes qui sont la véritable explication de ces situations. C’est aussi le racisme et le mépris qui l’accompagne qui rendent indifférents aux souffrances de ces pauvres gens et qui conduit à la tolérance inexplicable pour ces hôtels borgnes et ces marchands de sommeil qui prospèrent sur ces misères.
Le Parti Socialiste se déclare fréquemment anti- raciste mais il a grand tort de ne pas mettre dans la lutte contre le racisme la force qui conviendrait. La où il faudrait une pédagogie de tous les instants et une traque systématique des situations scabreuses les pures déclarations de principe ne suffisent pas. Ce manque d’engagement sur un combat essentiel est une faute. Pensons aux intellectuels des années trente qui voyaient dans leur société se développer des comportements racistes et qui ne surent pas deviner à quelles dérives criminelles et folles tout cela allait conduire. Certes l’histoire ne se répète pas mais on le dit, parfois elle bégaie. La condamnation du racisme découle d’une position de principe sur l’égale dignité de tous les humains mais de plus il faut se rendre compte à quel point la diffusion et l’entretien de préjugés racistes est un mécanisme social efficace pour créer des oppositions dans les milieux populaires et rendre impossibles ou très difficiles les rassemblements sur la base des intérêts économiques. Autrement dit les luttes sociales qui pourraient gêner les dominants sont facilement enrayées par l’idéologie raciste qui génère des haines entres des gens qui devraient se retrouver dans une solidarité de « classe ».
Les logements sociaux
La crise du logement est en France transversale et structurelle, elle touche indistinctement toutes les couches de la population qui ont le plus grand mal à se loger comme ils voudraient mais elle est particulièrement cruelle pour les classes moyennes et populaires. Au fur et à mesure que les ressources diminuent le logement devient un souci de plus en plus prégnant face à une offre raréfiée et chère. Inutile d’en commenter encore les causes complexes. Face à cette crise Sarkozy a fait rêver l’électorat en lui proposant de fantasmer sur une France de propriétaires. De son côté la gauche prônait le développement de l’offre de « logements sociaux ».
S’il est louable de dénoncer l’insuffisance de logements sociaux, cela part quand même d’un désir d’exprimer de la solidarité, c’est déjà aussi une erreur. Evoquer des « logements sociaux »renvoie à une vision binaire comme s’il y avait d’une part les gens normaux ayant accès au logement ordinaire, celui de tout le monde et puis des catégories défavorisées (mais défavorisées pourquoi ?) à qui la société ne peut offrir que le « logement social »,une forme réduite et simplifiée du logement, de ce qui est l ’essence même de l’enracinement dans la ville, le milieu, l’environnement. Ce dernier fait référence à une incapacité à se loger par soi même, à une sorte de tare qui vous en remet aux autres, à la générosité publique, au secours de la communauté pour vous mettre a l’abri. La formule « logement social » est une atteinte aux droits humains, car ce que les gens veulent c’est un logement comme tout le monde, tout simplement. La formule « logement social » discrimine durablement des populations entières qui en bénéficient en les cantonnant dans une forme d’habitat qui en fait des « handicapés sociaux ». Il est temps que la gauche retravaille la problématique du logement pour se débarrasser une fois pour toutes d’une formule dont les bonnes intentions font au fond bon ménage avec la discrimination et le racisme.Ce qui explique au passage que nombre de personnalités à droite ne voient aucun inconvénient à cantonner les pauvres dans les programmes de logements sociaux au risque de détruire durablement la mixité des villes.
Dans l’imaginaire actuel les « logements sociaux » ce sont ces barres, ces tours, ces quartiers de banlieue démunis d’équipements, mal entretenus et tagués par une jeunesse en souffrance. Ce qu’il faut construire ce sont des villes normales où la mixité sociale est la règle, où chacun vaque à ses occupations selon ses moyens au milieu de tous les autres, chacun supportant le regard de l’autre en toute humanité.
Le facteur de la révolution
Besancenot poursuit son œuvre de construction d’un vaste parti de gauche antilibérale ou révolutionnaire, on peut nommer cela comme on voudra et comme d’habitude après avoir dit un peu de mal du gouvernement il réserve ses flèches les plus acérées aux affreux socialistes qui ont à ses yeux, trahi les classes populaires. Il ne nous explique pas cependant comment il rassemblera un majorité en France et en Europe pour mettre en œuvre sa politique extrémiste même s’il est plus souvent dans l’invective que dans le projet. Son programme consistant à se faire l ‘écho retentissant des souffrances populaires et à proposer des solutions radicales par un yaka magistral ? En effet pourquoi ne pas revenir à 37,5 annuités ? Augmenter les salaires, faire rendre gorge aux patrons, se passer du capitalisme, en finir avec le marché ? Proposer ces réformes ne coûte rien qu’un peu de salive sachant qu’on n’aura jamais la moindre occasion d’en réaliser le début d’une seule. On sait d’ailleurs à quoi peuvent conduire ces approximations idéologiques qui ont servi de carburant à tant de mouvements extrémistes quand par malheur elles passent à une phase de réalisation en des mains inexpertes et sectaires. Justement on parle ces jours ci des khmers rouges et de leur utopie folle de suppression des villes et de retour à la ruralité et de la dramatique conclusion de cette équipée nourrie de pure idéologie. Quand on écoute Besancenot on est partagé entre l’admiration pour la force de conviction qu’il met à évoquer les souffrances populaires et le sentiment que son discours fruit d’une idéologie sommaire et expéditive à force de ne pas s’embarrasser de détails nous conduirait s’il en avait le pouvoir à une aventure incontrôlable.
Décidément ce jeune homme bien sous tous rapports au visage d’ado définitif est parfaitement infréquentable. Même si les circonstances concourent à faire des journées qui s’annoncent son heure de gloire, non qu’ils soit le véritable moteur des mouvements de mécontentement qui vont manifester et défiler mais parce qu'il se pose en théoricien le plus patenté et le seul a en revendiquer bruyamment la paternité. Le mérite qui lui en revient en est sans doute surévalué.
Les socialistes avec leur social démocratie stigmatisée et la critique virulente qu’ils subissent sur leurs insuffisances et sur le fait qu’ils n’en font pas assez ou ne font rien, ont les oreilles qui sifflent c’est certain. Et pourtant ils doivent garder face à ces attaques leur sang froid car malgré toutes les contradictions auxquelles ils sont confrontés ce sont les seul à avoir une cohérence rigoureuse entre l’ambition de défense des plus faibles et le respect de la démocratie. Car toute l’ambiguïté du travail des socialistes tient dans cet impératif qu’il faut pour exercer le pouvoir rassembler une majorité face à une droite avec laquelle la confrontation ne se déroule pas à armes égales. La manières dont le patronat et les médias se mettent à la disposition de la droite ont été parfaitement mises en évidence durant la précédente campagne électorale et les 3 à 4 pour cent d’électeurs qui ont fait défaut à la gauche s’expliquent parfaitement par l’effet conjugué de ces immenses moyens sans avoir à invoquer les insuffisances du programme, la division des socialistes ou les bourdes de Ségolène. Les médias continuent d’ailleurs à faire actuellement l’objet de manoeuvres de concentration qui font craindre pour l’avenir de la démocratie. Non pas qu’il faille s’inquiéter pour la remise en cause des règles formelles mais il faut redouter l’inégalité des moyens dont disposeront les adversaires au cours des prochaines confrontations électorales.
Il faut se convaincre que ce ne sont pas les spots de campagne qui ont vulgarisé les propositions de Sarkozy mais les radios périphériques qui en ont fait une promotion soutenue pendant des mois sans même le dissimuler. Ce sera pire la prochaine fois et la gauche doit s’y préparer. Besancenot fait figurer d’ailleurs d’allié objectif de la droite au pouvoir dans la mesure où son discours revendicatif et catégorique détourne de la gauche modérée quelques pour cent d’électeurs.
Les fonctionnaires et la grève
Nul doute que la grève des fonctionnaires sera très suivie, cette catégorie de travailleurs consciencieux, serviteurs de l’état cloués au pilori pendant des mois par celui qui en est devenu le plus haut dignitaire voilà une des contradictions du sarkozisme. On a cassé du sucre sur les fonctionnaires pour complaire à tout un électorat extrémiste de petits patrons, artisans et paysans qui ont des rapports exécrables avec les représentant de la fonction publique que sont la police, le fisc, la justice et en premier l’école. Au total les fonctionnaires stigmatisés qui voient leur pouvoir d’achat baisser s’ils manifestent en nombre et en force se sentiront mieux après parce qu’ils vont a nouveau rappeler qu’ils comptent pour quelque chose dans ce pays.
L’agitation étudiante est toujours là et contribuera à rendre la journée plus spectaculaire.
La grève des transports
Les grèves des transports se prolongent et le gouvernement en porte l’entière responsabilité. La tentation qu’il a eu et a encore de casser les syndicats en les mettant au pied du mur par des attitudes raides, un refus de négocier et des propos provocants ont depuis le début nourri le ressentiment des grévistes les plus durs et ont donné aux jusqu’au boutistes du grain à moudre. Dans ces conditions ce qui aurait du être un mouvement bien réglé se terminant après une négociation intelligente et un baroud d’honneur va se prolonger empoisonnant la vie des français et des grévistes eux mêmes. Le gouvernement tirera des désordres conséquents que ce mouvement entraîne un regain de popularité auprès de son électorat sauf si incapable de conclure il commence à perdre la face devant la résistance obstinée des grévistes. L’opinion pourrait alors commencer à se retourner et à marquer moins d'approbation pour le pouvoir.
Enfin des sondages
Sarkozy baisse enfin dans les sondages, il a perdu tous les soutiens que son statut de président lui avait gagnés dans l’opinion. Il est encore avec 53% soutenu par son électorat malgré ce premier signe d’effritement. C’est intéressant parce qu’a partir de maintenant si la baisse se poursuit, ceux qui cesseront de l’apprécier seront des personnes ayant voté pour lui a l’élection présidentielle ? Ce seront donc désormais des électeurs qui en exprimant une défiance a Sarkozy renieront leur propre vote. C’est une décision difficile et une poursuite de la baisse signifiera donc un réel renversement de l’opinion.
Le noyau dur des soutiens présidentiels étant formé des 33% d’électeurs du premier tour. Ceux ci résisteront envers et contre tout pendant très longtemps avant d’abandonner le président.
Il suffit d’une cuillère
Pour souper avec le diable, il faut une longue cuillère dit –on ? Espérons que les cuisines de l’Elysée disposent de ce type de couvert car Sarkozy prend un vrai risque politique en recevant Chavez ? Certes tout le monde a compris que ce monsieur peut influencer les FARC et en obtenir la libération de notre compatriote Mme Bettencourt ( Que tout un chacun souhaite) promesse électorale de Sarkozy qui si elle se produisait lui vaudrait immédiatement une remontée de 5 points dans les sondages ce qui justement lui conviendrait bien aujourd’hui. Cependant quand on examine ce que cela représente comme concessions de faire bonne figure à ce Monsieur, on peut se demander si une politique étrangère au cas par cas et au jour le jour est une pratique permettant un minimum de cohérence. L’encre du traité européen voulu par Sarkozy n’est pas encore sèche qui pose qu’à l’avenir les pays de l’Union doivent coordonner leur politique étrangère et voilà qu’alors même que Monsieur Chavez vient de polémiquer avec une violence notoire avec nos voisins espagnols provoquant au delà des Pyrénées la colère de l’opinion, il est reçu en grandes pompes à Paris. Belle manière de marquer une solidarité entre pays européens ? Il y a de quoi s’interroger !
De même la France n’arrête pas de prôner la rigueur de sanctions à l’encontre de l’Iran diabolisé pour sa volonté de se doter de la bombe atomique. Ce pays est le meilleur ami de Chavez reçu en grandes pompes à Paris. Comprenne qui pourra et même les plus fins diplomates doivent y perdre leur latin.
Enfin champions des valeurs et de la démocratie que nous sommes voilà que nous recevons en grandes pompes un président qui est en train de conforter un pouvoir personnel par un changement de constitution dénoncé par nombre de démocrates.
L'indulgence de Nicolas Sarkozy s'explique -t-elle par la connotation " révolutionnaire de gauche" du discours de Chavez?
Pas d’incohérence, juste un problème de cuillère !
Posté le 18.11.2007 par vivelagauche
La grève
Qui sait lire dans le marc de café ce dont demain sera fait est bien à l’aise pour fignoler une analyse sur les événements actuels. Pour les observateurs bêtement humains si on ose dire qu’ils soient militants ou observateurs distants, la science prédictive est autrement coriace et comporte bien des aléas. Mais les acteurs eux mêmes de ces conflits majeurs semblent naviguer à vue avec un certain brouillard dans leur champ de vision. On les voit faire des pas de deux, des pas de crabe qui indiquent bien que pour les plus aguerris d’entre eux l’horizon n’est pas si dégagé. Ainsi Bernard Thibault en charge de la CGT et sur les épaules de qui pèse une responsabilité considérable manifeste à l’évidence un double souci, exprimer une volonté négociatrice sans failles pour maintenir un profil de syndicaliste responsable aux yeux de l’opinion publique et tenir en même temps un discours assez ferme voire revendicatif pour ne pas se couper d’une base particulièrement remontée qui se sent injustement stigmatisée. Le gouvernement de son côté veut en même temps s’offrir le luxe d’une raideur idéologique dont raffole son électorat prêt à tout pour mater les « syndicalistes et la gauche » et simultanément se doit de temps en temps d’émettre des signaux indiquant qu’il accepte quelques concessions pour que la grève s’arrête avant que la situation ne s’envenime. C’est donc un méchant jeu de « je te tiens, tu me tiens par la barbichette » dont le dénouement totalement imprévisible peut in fine échapper à ces acteurs chevronnés. Il est cependant raisonnable de prévoir que tout sera réglé dans quelques jours grâce justement à l’habileté de ces professionnels.
Les étudiants
Ce qui n’était pas prévu par contre c’est l’extension rapide du mouvement étudiant qui se développe lentement mais sûrement. Quelle que soit l’issue immédiate et même si tout rentre dans l’ordre dans peu de temps il y a dans ce conflit les prémisses d’une véritable mobilisation de la jeunesse contre le gouvernement ce qui n’est pas négligeable en termes de luttes populaires. Le malaise étudiant ne découle pas des réformes du pouvoir, trop récentes pour avoir un contenu, mais du fonctionnement exécrable du système universitaire qui fabrique des exclus et des chômeurs diplômés en grand nombre et pas seulement en psychologie mais aussi en biologie ou en droit. La situation actuelle du chômage et la non adaptation des études aux besoins du marché dresse un mur de déceptions entre les jeunes et la société. Le gouvernement y a largement sa part de responsabilités en digne héritier du chiraquisme qu’il est, même s’il fait mine de l’oublier. Mais le problème est vaste et profond. Il aurait demandé une sorte de « plan Marshall » plutôt qu’une petite loi discrète.
Les étudiants issus de toutes les familles sont entendus par toutes les catégories sociales confondues. Le gouvernement se trouve ainsi confronté à un défi qui a une dimension politique tout à fait différente des régimes spéciaux.
La encore il est urgent que le parti socialiste se mette au travail et fasse des propositions qui s’insèrent dans un cadre cohérent.
Inutile de conforter le gouvernement dans sa réforme, il y a autant d’autonomies possibles que de locuteurs utilisant ce mot. Alors inutile de rallier « l’autonomie du gouvernement » dont de toutes manières la sincérité est sujette à caution. Les étudiants craignent que les universités soient soumises aux desideratas des chefs d’entreprise et ils ont raison. Le gouvernement ami du Medef ne peut avoir en tête lorsqu’il fait une telle réforme que de soumettre les études universitaires à l’influence de ses amis patrons des grands groupes et de créer universités et diplômes à deux vitesses pour évacuer progressivement une bonne partie des effectifs étudiants vers des travaux précaires et des professions n’ayant rien à voir avec la formation universitaire. Il ne s’agit pas pour lui d’orienter pour contribuer à la réussite de tous mais de sélectionner et d’éliminer. Le souci d’économiser les fonds public dans les domaines sociaux étant une priorité totale de ce pouvoir.
Mme Dati à la télé
Quand on pense que Nicolas Sarkozy s’est fait élire en cristallisant sur son nom l’alliance historique, jamais réalisée depuis 1940, des électeurs de la droite et de l’extrême droite grâce à la thématique de « l’identité nationale et de l’immigration » qui s’adressait aux intimes convictions racistes de son électorat, on ne peut que rester bluffé par le spectacle à la télévision de Rachida Dati et de Abdoulaye Wade en train de faire, côte à côte, son apologie. Bon, le président du Sénégal le dit lui même très diplomatiquement, il ne peut pas dire ce qu’il pense parce qu’il est chef d’état et que cela lui impose un légitime devoir de réserve, avant de proposer une version soft du discours de Dakar. Il serait le fruit d’une « sorte d’erreur d’inattention ». Sarkozy n’aurait lu qu’un discours préparé par d’autres (haro sur les collaborateurs incompétents !) sans en connaître le contenu. La ficelle est grosse comme un corde mais enfin on voit bien que le président sénégalais fait le maximum avec la meilleure volonté du monde pour rester en bon termes avec le « roi de France » actuel.
(Il n’a même pas proposé qu’on vire ce mauvais et obscur conseiller raciste et incompétent chargé de porter le chapeau et qui nuirait dans les couloirs d’un pouvoir innocent)
Quant à Mme Dati le manque de scrupules qu’elle manifeste à servir le camp de la droite et de l’extrême droite témoigne qu’elle en a adopté les valeurs et les choix politiques. On s’en étonne en se disant que ses origines auraient du la rendre plus sensible à la lutte contre le racisme par exemple et à une attitude plus compatissante pour les immigrés et les français d’origine étrangère. Néanmoins un bon tiers d’aliénation, un tiers d’aveuglement et deux bons tiers d’ambition font un cocktail d’arrivisme politique d’une grande banalité qui se consomme allégrement sous toutes les latitudes. Si Mme Dati est un phénomène ce n’est pas forcément pour des qualités que les médias si complaisants au pouvoir lui prêtent. Dés qu’elle est interrogée, elle vous rétorque tout de go, qu’a fait la gauche ? Comme si le fait que la gauche n’en avait pas fait assez (possible mais encore pas toujours) autorisait à la droite tous les excès et interdisait leur dénonciation. Elle est une adepte fidèle du propos sans contenu, de circonstance. Cela renvoie à d’autres figures de serviteurs zélés maniant sans retenue la langue de bois car de tous temps et en tous lieux les pouvoirs les plus oppressifs ont suscité des porte paroles les plus inattendus. On a d’ailleurs du mal à croire à de réelles convictions politiques, tant fait défaut une pensée personnelle dans un discours trop fréquemment occupé à l’invective, à la dénonciation virulente, à des généralités, à des lieux communs (’immobilisme des socialistes, nécessité de la réforme, etc.) ou en attaques et contre attaques axées sur la personne. Depuis ses premières apparitions en début de campagne présidentielle, son discours est un raccourci de poncifs creux et dogmatiques énoncés avec fermeté. Elle a semble-t-il bien compris que trois phrases exprimées avec conviction, en appuyant sur les mots, font dans l’espace médiatique d’une banalité, un discours politique. Elle se plaint qu’on la maltraite, elle, femme, beur, qui a tant souffert et tant mérité (comme tant de millions de français qui ne sont pas pour autant ministres). Compatir, s’offusquer de la cruauté des adversaires politiques, est une obligation pour tout opposant qui ne veut pas paraître avoir un cœur de pierre. Tout cela tient manifestement de l’astuce politique la plus commune et des règles de la communication médiatique.
Mais ce spectacle est quand même surréaliste et inattendu, Voulu par NS pour se laver de son péché originel il constitue par certains aspects la revanche de la morale, l’hommage du vice à la vertu. Ne peut- on dire la même chose de ce débauchage systématique de personnalités de gauche pour meubler commissions et ministères ? La droite victorieuse est-elle à ce point démunie de talents ?
La prospérité enfin !
Au moment où la gauche se doit de dénoncer l’incompétence et l’inefficacité du gouvernement Sarkozy- Fillon, voilà le journal «Le Monde» qui titre sur un regain de la croissance dont se félicite bruyamment Mme Lagarde. Zut les choses vont mieux pourrait –on dire emballé par la logique de l’opposant à tout prix. Il faut bien le reconnaître c‘est beaucoup plus facile de critiquer le gouvernement quand tout va mal. Comme il est plus facile de le défendre quand les choses vont mieux. Quoi qu’il en soit à y regarder de plus prés l’embellie est vraiment super légère : 0.4 points de croissance ce qui représente en année pleine un bonus de 7 milliards de PIB, bien moins que le déficit de 12 milliards de la sécu (Pour un trimestre une rentrée pour l’état de 0,77 milliards). Et déjà les prévisionnistes annoncent que la croissance sera moins bonne au 4e trimestre. Au total donc rien de changé.
Alors que les EU sont à 3 ou 4 points de croissance, la Chine à 5 ou 6 (hors inflation), le grand débat est de savoir si la France fera 1,8 ou 2. Chiffre qu’il faudrait en toute logique rapprocher de la croissance démographique 0,558% ce qui nous donne une croissance du PIB par tête de 1,4 %. Pas de quoi hurler des cocoricos !
Posté le 15.11.2007 par vivelagauche
Les médias annoncent que l’Allemagne consentirait enfin à la mesure de baisse de la TVA dans le secteur de la restauration.
Cette réforme en apparence sympathique soulève des questions et présente des aspects contradictoires. D’une part, la baisse de cet impôt aura pour effet de rétablir l’égalité de traitement dans un secteur où les distinction subtiles entre produits « consommés sur place » et « produits emportés » a surtout pour effet de favoriser les Mac Do au détriment des troquets traditionnels. De ce point de vue, cette mesure rétablit une saine concurrence entre des secteurs dont l’objectif économique est le même. De plus une baisse des taxes pourrait avoir comme effet d’après la classique loi de l’offre et la demande de déplacer vers les restaurants une partie supplémentaire de la consommation des français. A revenu égal, le français moyen s’il va davantage au restaurant risque de délaisser d’autres postes de consommation. Lesquels ? Bien malin qui le dira !
Y aura –t –il baisse de la consommation des plats cuisinés ? Des pizzas à domicile ? Des plats à emporter ? Ou bien une augmentation de la consommation en restauration absorbant juste la marge dégagée par la baisse des prix ?
Le bilan de la mesure en emplois risque donc au total de s’avérer décevant, la création dans un secteur s’accompagnant de destructions ailleurs. De plus on n’est pas sûr du tout que la baisse de la TVA sera répercutée sur les prix, elle peut en grande partie être absorbée par une augmentation des marges des entreprises concernées ou une hausse des salaires des personnels (Peu probable). Les restaurants et bistrots ne fonctionnent pas dans un marché libre où s’appliquent à la lettre les règles de la concurrence. Il faut des licences pour s’installer et les rentes de situation sont fréquentes. Le bistrot de village ou du quartier a souvent une clientèle captive et inélastique sur laquelle une variation des prix n’aura pas d’effet significatif. Dans ce cas le bon sens pour le bistrotier est de ne rien changer à ses prix et d’empocher tranquillement le bonus fiscal.
Enfin, il faut penser aux millions de touristes qui débarquent en France chaque année. L’éloignement de leur domicile habituel en fait des consommateurs importants d’hôtels, restaurants et cafés. Pour eux la baisse de la TVA si elle est répercutée sur les prix, aura pour conséquence une réduction des coûts du voyage. On peut en espérer une meilleure attractivité de l’offre touristique. Cela entraînera – t-il une augmentation de la fréquentation ? Et compte tenu de l’impact écologique du tourisme cela est –il souhaitable ?
Certes le coût du voyage demeure un critère important dans le choix d’une destination mais pour de nombreux visiteurs qui choisissent de venir en France n’est ce pas surtout la qualité d’une offre culturelle et symbolique qui fait la différence ?
Il est donc très difficile de spéculer sur une meilleure attractivité de la destination France.
Reste aussi une question non négligeable, si les entrées TVA baissent de 3 milliards d’euros, il convient de se demander qui paiera? Dans l’état actuel des comptes publics, il est illusoire de penser que la baisse d’une recette ne se traduira pas par une élévation des impositions supportées par l’ensemble des contribuables. D’autant que les taxes acquittées par les touristes dans leur consommation locale seront à remplacer par une imposition supportée par les résidents.
Autant dire que cette réforme sympathique et chiraquienne cache peut-être quelques désagréments que l’on découvrira à l’usage, avec regret et un peu trop tard.
Enfin au moment où l’on taxe sans hésiter les malades faut-il réellement s’intéresser à ce point à la taxation des restaurants et des cafés ?
Posté le 13.11.2007 par vivelagauche
Le gouvernement a choisi le terrain et le moment de la bataille pour détruire ce qui reste de pouvoir syndical en France. L’échec d’une grève a en général un effet destructeur durable sur la notoriété des syndicats qui la conduisent et entraîne un repli individualiste et amer des salariés qui ont le sentiment « qu’on ne peut rien faire » après avoir payé le prix fort en retraits de salaires et en vaines mobilisations.
Certes un affrontement comporte toujours un risque et un conflit n’est jamais réglé d’avance dans un sens ou un autre mais arriver à un conflit « dur » avec des syndicats qui représentent une minorité de travailleurs dont on a établi par une campagne qui vient de loin aux yeux de l’opinion publique qu’ils sont des « privilégiés » défendus par des syndicats extrémistes insensibles aux problèmes des usagers « qu’ils prennent en otage » n’est ce pas pour le gouvernement une situation offrant un maximum d’avantages en terme de rapport de forces?
Ce qui n’était pas prévu c’est évidemment l’ampleur de la contestation dans les milieux judiciaires et le début d’un mouvement étudiant. Mais ces événements latéraux ne semblent pas devoir modifier pour le moment sensiblement l’équation du gouvernement.
Pour que la grève puisse faire plier le pouvoir, il faudrait qu’elle soit largement suivie, longue et qu’elle finisse par agglutiner d’autres revendications. Malgré l’annonce d’une journée de grève des fonctionnaires on est encore loin de ce scénario catastrophe pour le pouvoir.
Les annonces catastrophiques sur l’état d’une économie française laissée à l’abandon par un pouvoir incompétent ont d’ailleurs un effet anesthésiant sur l’opinion sensible à la dégradation générale de la situation . Elle n’est pas convaincue que le moment est venu de revendiquer une amélioration en termes de pouvoir d’achat. Au contraire la pression exercée par la hausse des prix et le chômage entretiennent une morosité générale qui semble déboucher sur une sorte de fatalisme amer. Le découragement de l’opinion ne se traduira pas nécessairement en luttes.
Dans cette situation si paradoxale où les difficultés du pays confortent le pourvoir ou du moins paralysent les revendications la position du parti socialiste est encore difficile car il est impossible de soutenir franchement la résistance des grévistes des régimes spéciaux alors que le pouvoir agresse de plein fouet les syndicats et les cheminots, des catégories où la gauche trouve nombre de militants et de soutiens.
Certes on voit bien les leaders socialistes tenter de déplacer le champ du débat vers le problème général des retraites mais cela reste dialectique et sans portée pratique. La campagne sur le pouvoir d’achat qui partait d’un constat valable a manqué d’un tonus suffisant pour créer une dynamique politique capable de disputer le devant de la scène médiatique à la réforme des régimes spéciaux qui reste un champ d’affrontement choisi par Sarkozy pour imposer une fois pour toutes un pouvoir absolu. Le pire est donc à venir après.
Le pouvoir risque cependant des déconvenues si l’opinion se convainc à la longue de son incompétence économique. Ce serait pour la droite le début d’une perte de légitimité.
Le Parti Socialiste doit impérativement nourrir ce débat en stigmatisant vigoureusement "l'incompétence économique du pouvoir" et en faisant une promotion médiatique soutenue de ses projets alternatifs « pour sortir la France de l’ornière » amenant sur la place publique des projets argumentés par des économistes de gauche de renommée internationale.
Posté le 13.11.2007 par vivelagauche
Dans les années 70 tout observateur qui se penchait sur la carte judiciaire ne manquait pas de relever la vaste dispersion des tribunaux sur le territoire avec un saupoudrage irrégulier hérité d’une longue histoire, qui ne tenait pas compte de la répartition de la population. Là une grande ville avec un tribunal, ici un petit bourg avec aussi un tribunal. Un souci de légitime rationalisation et de bon sens semblait donc devoir imposer une réforme essentiellement géographique ayant pour but d’uniformiser la desserte judiciaire sur l’ensemble du territoire en tenant compte des données démographiques les plus récentes. Il fallait donc penser à fermer des tribunaux ici et à en ouvrir là. Quoi de plus logique ? De plus simple à concevoir ?
Là dessus il faut tenir compte du fait que la taille des tribunaux s’est ajustée au cours du temps à l’effectif des justiciables, il y a de grands tribunaux avec pléthore de juges et d’avocats dans les grandes villes et de petits tribunaux avec un nombre restreint d’intervenants dans les petits centres. L’inégalité judiciaire est déjà moins évidente.
Ce qui caractérise la justice en France c’est tout de même la complexité et le coût des procédures. La lenteur de la machine est extrême. Elle prend des décisions tardives sans tenir compte des graves conséquences que ces retards ont sur leur qualité. Les innocents emprisonnés par erreur attendent des années que l’on statue sur leur cas. Les petits délinquants renouvellent leurs délits à l’infini avant de se retrouver dans l’enceinte d’une audience solennelle. La procédure de divorce se traîne à une époque ou la vie de famille est faite de séparations et de recompositions fréquentes.
Pour donner de la souplesse et de l’efficacité faut –il plus de magistrats ? C’est ce qu’avait pensé Chirac qui avait crée un nouveau type de juge de proximité dont la caractéristique est qu’il s’agit d’un « professionnel » moins compétent et moins formé chargé de régler des dossiers moins importants et des affaires moins graves.
La réforme de Rachida Dati et pour tout dire de Nicolas Sarkozy se veut avant tout rationalisante et économe de moyens. Elle consiste à fermer des tribunaux pour .. en ouvrir d’autres ailleurs ou pour renforcer par des équipes plus étoffées d’autres sites. Les économies attendues sont celles que procure une meilleure organisation des moyens matériels et humains sur des sortes de plateaux techniques plus modernes et capables de fournir de meilleurs services judiciaires.
Cette réforme provoque une véritable levée de boucliers pour de multiples raisons. Les avocats et les juges dont les tribunaux sont promis à la fermeture font face à la fameuse « reconversion » que l’on propose si souvent et si facilement aux ouvriers et employés quand une entreprise ferme. Les justiciables voient les services judiciaires s’éloigner de quelques dizaines de kilomètres et les politiciens voient disparaître dans leur ville une activité économique procurant notoriété et plus value foncière. L’équation douloureuse des redéploiements vaut pour un tribunal comme pour n’importe qu’elle entreprise, atelier ou PME.
Mais est-on sûr que cette réforme telle qu’elle se dessine progressivement au fur et à mesure des déplacements de la ministre et de ses annonces, est réellement pertinente ?
Est- elle si moderne qu’on veut bien nous le dire ? N’est elle pas au fond inspirée de critères de rationalisation dépassés ?
La mondialisation nous enseigne que le lieu de production a peu d’importance, on fabrique en Chine pour vendre en Europe. Elle nous enseigne qu’une grande entreprise peut être efficace malgré un éclatement géographique considérable. Le siège, les centres de recherche, les centres de production les lieux de commercialisation sont éloignés les uns des autres et vont pour chaque fonction s’installer au plus prés des chercheurs, des matières premières, de la main d’oeuvre bon marché, des consommateurs les plus solvables. La structure éclatée garde cependant sa cohérence et son efficacité grâce aux moyens de transport et de communication qui sont aujourd’hui particulièrement performants. On observe donc que l’unité géographique de la grande entreprise n’est absolument plus indispensable à son efficacité.
On peut donc se demander si la réforme « géographique » est réellement ce qu’il convient de faire pour améliorer les performances de la machine judiciaire. Fermer des tribunaux, déplacer des locaux est ce donc une action si rationnelle ?
Ne faut-il pas au contraire souhaiter que la justice comme une entreprise se dote de moyens performants dans la communication et l’archivage des dossiers qui constituent son menu quotidien ? Ne devrait elle pas d’urgence se doter de moyens informatiques et vidéos qui assurent une transmission rapide des données à tous les intervenants concernés et une concertation aisée ?
On nous dira que la justice traite de données humaines et confidentielles qui exigent du papier et des procédures traditionnelles. Mais les banques à leur manière gèrent aussi des données très personnelles de leurs clients. Si on compare la manière dont cheminent les données dans une banque ou tout est informatisé à outrance sur des extensions spatiales à l’échelle du pays et la manières dont dans le système judiciaire les documents, les décisions, les actes cheminent avec encore des chemises cartonnées, des procès verbaux papier, on peut penser que d’immenses progrès de rationalisation électronique sont à faire, voire à imaginer.
Ne peut-on réaliser des pôles techniques pourvu que la mobilité du personnel soit permise par leurs statuts et que les moyens de communication soient assurés par des moyens informatiques et vidéos ? La réalisation de dossiers virtuels cheminant très rapidement entre juges, avocats et exécutants n’est-elle pas à développer avec tous les moyens techniques disponibles ?
On se prend à penser à une justice passant plus de temps à prendre des décisions qu’à des taches ingrates de rédaction et de duplication.
Il se pourrait que la réforme purement géographique très 19ième de Mme Dati soit tout simplement une réforme dépassée qui ne tient pas compte de ce que permettent d’imaginer les moyens techniques de notre époque.
Posté le 09.11.2007 par vivelagauche
Les grandes gueules de RMC sont mobilisées au secours du gouvernement qui craint la contagion de la grève dans les universités. Ces gentils journalistes portes paroles du gouvernement font des efforts désespérés pour expliquer aux intervenants et à la France entière que c’est méchant de faire grève et que la loi Pecqueresse est un bien que les étudiants devraient adorer. Tout cela est comique et serait sans importance si les mêmes n’avaient pas pendant des mois sous le couvert de neutralité journalistique fait campagne intensive pour Nicolas Sarkozy. Qu’est devenue la neutralité des médias dans un système où les plus grands moyens de communication travaillent ouvertement pour le pouvoir ?
Quant à la grève étudiante il est évident que la loi d’autonomie n’a aucune influence directe sur la situation des étudiants alors même que la rentrée universitaire est tout à fait récente. Et donc c’est tout simplement les angoisses et les problèmes que le monde universitaire connaît depuis des années qui provoquent un malaise qui ne se résoudra pas en discutant seulement d’une loi qui n’est qu’une marche d’escalier d’une pyramide de réformes nécessaires que le gouvernement a renoncé à faire. Mais la volonté du pouvoir est-elle réellement de permettre la réussite des universités ? Ou bien est-il prêt là comme ailleurs à se contenter d’une politique de gesticulations à moindre coût ?
Si on s’était donné la peine d’entamer une véritable réforme des universités comprenant certes de l’autonomie mais aussi une réforme des études pour prendre en charge l’urgent problème des premiers cycles et le dopage en formations professionnelles transversales des différentes licences, on aurait donné aux étudiants des espérances de nature à leur permettre de s’armer de patience. En donnant aux étudiants l’espoir d’une formation adaptée à l’emploi on aurait peut être pu éviter les mouvements actuels.
Mais tant qu’un si grand nombre d’étudiants seront baladés sur des pseudos études conduisant au chômage il est évident que toutes les réformes seront promises à une contestation prête à se saisir de tout chiffon rouge et au fond légitime.
Certes on ne peut nier le désir de l’extrême gauche d’en découdre mais sans le malaise pas de mobilisation et si les étudiants avaient la conviction que ce qui est fait est destiné à améliorer la situation il n’y aurait pas de mouvement. Si on peut soupçonner d’activisme l’extrême gauche, on peut aussi de même légitimement soupçonner le pouvoir de ne pas réellement s’intéresser au destin universitaire et professionnel du plus grand nombre des étudiants.Les derniers millions lachés par la ministre pour inciter à la démobilisation sont d'une certaine manière une preuve du manque de sérieux des décisions antérieures.Un vrai travail sur les moyens, les objectifs, les filières, ou même un échéancier des réformes n' a pas été fait par le gouvernement qui voulait dans l'urgence imposer une loi à minima. L' erreur est d'avoir oublié que justement une réforme d'envergure des universités ( par ses contenus et non pas par des affichages ambitieux mais creux)se traduisant par des résultats concrets est la véritable urgence.
Posté le 09.11.2007 par vivelagauche
Le voyage de Nicolas Sarkozy aux Etats Unis est le point d’orgue d’une évolution substantielle du positionnement de la France dans le concert des nations. Initiée par plusieurs gestes significatifs antérieurs, déclarations d’intention, choix de Kouchner comme ministre des affaires étrangères, la politique de Nicolas Sarkozy est approuvée par les atlantistes et désapprouvé par les gaullistes et la gauche. Elle découle d’un choix personnel du président qu’il impose à sa majorité sans prendre trop de précautions diplomatiques ou oratoires. Elle est sans doute approuvée par les quelques dizaines de grands patrons qui le soutiennent et forment le noyau dur de son socle politique. Elle est sans doute aussi conforme aux souhaits des milieux pro- israéliens qui ont soutenu fermement la candidature de Nicolas Sarkozy et auxquels depuis son élection il a envoyé des signaux très fermes par un ralliement sans condition aux positions du gouvernement israélien.
Mais ce choix est rarement analysé et encore moins regardé comme une conséquence de l’affaiblissement de la France.
La perte de puissance de notre pays est économique et militaire et ses effets doivent se faire sentir et entraîner des réajustements diplomatiques. L’alignement sur les Etats Unis en est probablement un des aspects les plus spectaculaires.
En effet quels que soient les efforts déployés à Paris pour donner l’illusion d’un rang intact de la France dans le monde, il faut bien reconnaître que plusieurs facteurs concourent de manière significative à son affaiblissement.
Il y a d’une part les difficultés internes pour l’essentiel économiques qui diminuent drastiquement les moyens disponibles sur le plan militaire et diplomatique.
Il y a ensuite un changement du panorama européen et africain.
En Europe la réunification de l’ Allemagne et son rétablissement économique ont fait de ce voisin un géant qui nous dépasses substantiellement en population et en PNB par tête. Le couple franco- allemand s’en trouve sensiblement déséquilibré et l’Allemagne n’a plus autant besoin de la France pour exister sur la scène mondiale. Ses intérêts économiques et politiques commencent à diverger par rapport aux nôtres ? Il y a là pour Paris un problème difficile.
De plus l’élargissement de l’Europe dilue mécaniquement l’influence de chaque nation et cela se traduit par une perte de poids de Paris sur la scène européenne.
Les gesticulations sarkoziennes autour du traité européen masquent pour le moment cette réalité mais elle se manifeste par exemple de manière visible dans l’incapacité de Paris à obtenir sur l’euro une vision des autres européens conforme à ses intérêts économiques les plus pressants.
Sur le plan militaire l’affaiblissement français est directement lié à la crise financière de l’Etat, le plus spectaculaire étant pour une puissance dont les territoires sont éparpillés sur la planète entière l’incapacité de se doter d’un deuxième porte avion condition d’une présence militaire permanente sur les mers.
Alors que faire pour donner l’illusion que rien n’a changé, sinon l’alignement sur les positions américaines au moment le plus favorable pour ce virage historique. Pourquoi le moment est il plus opportun tout simplement parce que la présidence américaine affaiblie par les difficultés de la guerre en Irak et en Afganistan, par la crise iranienne se trouve dans le désir de renforcer par tous les moyens un camp qui se délite. La venue de Sarkozy et son accueil si favorable se produit au moment où les américains voient avec un certain désarroi la situation internationale leur échapper partiellement.
Le moment est aussi favorable parce que l’allié préféré des américains, la Grande Bretagne a ostensiblement pris ses distances avec le départ de Tony Blair. Il y a donc la une fenêtre de tir temporel dont la France se saisit opportunément pour se construire un statut de grand ami des américains en Europe avec l’espoir que cette position perdurera après le changement de présidence américaine dans un an. Imaginons que Tony Blair soit encore premier ministre à Londres, on voit bien qu’on ne pourrait imaginer de la même manière le rapprochement franco- américain car on aurait le sentiment d’une cour obséquieuse de deux puissances européennes rivales auprès de Washington ; Et cela montre d’ailleurs les limites de l’action de Sarkozy. Ce rapprochement franco américain ne tire tout son impact que des distances prises récemment pour de bonnes raisons par Londres. Il faut qu’à Paris on médite cela.
On peut donc légitimement s’interroger sur la solidité des liens ainsi retrouvés. Que se passera- t- il lorsqu’une prochaine crise opposera français et britanniques ? Quelle sera la position de Washington?
C’est donc pour une politique nouvelle que Paris sacrifie des positions traditionnelles dans le monde arabe et ailleurs. Il semble que la menace iranienne rende cela plus facile en changeant l’ordre des priorités dans le golfe et que les pays arabes moins soucieux du destin malheureux des palestiniens sont de plus en plus sensibles à une pression militaire iranienne qui les inquiète lourdement. Le Qatar aurait demandé la protection de la France ? Ce n’est pas une nouvelle sans intérêt.
L’alliance américaine a comme premier avantage de masquer l’affaiblissement de la France en Europe et aussi devant les autres géants de la planète que sont les grands pays Russie, Japon, Chine, Inde, Brésil . D’ailleurs dans un domaine traditionnel d’influence que constitue l’Afrique, la France se retrouve confrontée de plus en plus à la puissance chinoise obnubilée par la recherche de sécurité pour son approvisionnement en matières premières. Il y a dix ans à peine on débattait de la rivalité entre France et Afrique du Sud. Aujourd’hui la Chine développe un activisme soutenu par des moyens autrement importants. Comme par exemple au Darfour où les européens ne peuvent rien faire de sérieux sans l’accord de Pékin.
Ces changements posent un problème politique à la gauche. Faut il approuver le rapprochement franco -américain ou au contraire le dénoncer ou préconiser la prudence ?
L’alignement sans nuance sur les Etats Unis ne peut que signifier une certaine forme d’abandon du projet de faire de l’Europe une voix et une force politique autonomes et un encouragement donné aux autre européens à faire de même, même si certains ont précédé Paris. Le voyage de Nicolas Sarkozy a Washington n’est ni le premier, ni le dernier d’une série de tous les dirigeants qui iront chacun à son tour faire allégeance à l'Amérique. C’est donc d’une certaine manière au moment où l’on va voter le traité qui est sensé doter L’Europe des moyens d’une politique étrangère, que l’on proclame avec force l’abandon de toute volonté dans les mains de la puissante Amérique et au moment même où elle est représentée par le président le plus contesté de son histoire récente.
Fallait –il le faire ? N’est il pas plus urgent de nouer en Europe même une alliance plus solide en approfondissant davantage la collaboration internationale avec l’Allemagne et les autres grands pays européens ?
Cette politique ne peut que diminuer les chances de succès pacifique de la crise iranienne en réduisant à deux les camps antagonistes et en radicalisant les positions. On peut redouter que ce voyage soit le premier acte de la guerre avec l’Iran.
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