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agriculture:le ver est dans le fruit

Publié le 04/12/2025 à 14:13 par vivelagauche Tags : prix sur base france place obstacles pouvoir
agriculture:le ver est dans le fruit

L’agriculture française traverse une crise silencieuse mais profonde, qui ne se résume pas à des difficultés conjoncturelles mais traduit un affaiblissement structurel. Le premier signe est démographique : l’âge moyen des exploitants dépasse désormais cinquante ans, et un tiers d’entre eux partiront à la retraite dans la prochaine décennie. Le renouvellement générationnel est insuffisant, et les jeunes peinent à accéder aux terres. Ce vieillissement démographique se double d’un recul continu de la part agricole dans le PIB national, qui illustre la perte de poids économique du secteur dans l’ensemble de l’économie française. L’agriculture, autrefois pilier de la prospérité nationale, tend à devenir marginale dans les indicateurs macroéconomiques, alors même qu’elle reste essentielle pour la souveraineté alimentaire et l’équilibre de la balance commerciale.

À cette tendance générale s’ajoutent deux verrous institutionnels majeurs qui aggravent la situation. Le premier est l’héritage, qui immobilise une part considérable des terres en indivision. Ces terres, bloquées par des successions non réglées, ne circulent pas et ne peuvent être mobilisées par de nouveaux acteurs. Elles représentent un stock massif de foncier agricole qui échappe au marché et contribue à la rigidité du système. Le second verrou est le contrôle exercé par les SAFER, sociétés anonymes de droit privé mais investies de missions de service public. Censées réguler le marché foncier au service de l’intérêt général, elles protègent certes les terres de la spéculation, mais elles reproduisent aussi les rapports de force existants. Dominées par les élites agricoles établies – grands exploitants, syndicats majoritaires, chambres d’agriculture – elles orientent les décisions foncières en faveur de la continuité des modèles dominants. Le pouvoir reste concentré entre les mains des propriétaires agricoles les plus aisés, qui privilégient l’agrandissement et l’intensification plutôt que l’ouverture à des projets innovants ou alternatifs.

Ce vieillissement n’est pas seulement démographique : il est institutionnel et technologique. Les modèles productivistes qui dominent reposent sur des technologies anciennes – mécanisation, chimie, intensification – qui ont permis la modernisation des campagnes dans les années 1960 mais qui apparaissent aujourd’hui comme des héritages figés. Les innovations les plus performantes, qu’il s’agisse de robotique, d’agriculture de précision ou de biotechnologies, peinent à pénétrer le marché français. Certaines sont même interdites par la réglementation, comme les OGM. Le verrou foncier et institutionnel agit ainsi comme un conservatisme structurel, ralentissant la transition écologique et technologique. Les jeunes agriculteurs ou les acteurs porteurs de modèles alternatifs – circuits courts, agroforesterie, agriculture biologique – se heurtent à des obstacles d’accès au foncier et au capital, ce qui limite leur capacité à transformer le modèle agricole.

Les signes de faiblesse sont déjà visibles dans les exportations. L’excédent agroalimentaire français, longtemps pilier de notre balance commerciale, s’érode. Les exportations stagnent, notamment pour les céréales et les vins, tandis que les importations augmentent, en particulier pour les fruits, légumes et protéines végétales. La France dépend de plus en plus des marchés extérieurs pour nourrir sa population. Avant même l’ouverture des marchés au Mercosur, nos faiblesses apparaissent clairement : perte de compétitivité relative, dépendance accrue, recul de nos parts de marché. Ce diagnostic est essentiel : il montre que la fragilité de l’agriculture française n’est pas seulement une menace future liée à la concurrence internationale, mais une réalité déjà présente dans les chiffres de la balance commerciale.

Résister au Mercosur ne pourra se faire par les prix, car les produits sud-américains sont moins chers et issus de modèles agricoles aux normes plus souples. La résistance doit se construire sur deux axes complémentaires. D’abord, défendre l’excellence de nos productions, en valorisant la qualité, la traçabilité et les labels qui garantissent une alimentation sûre et durable. La France doit se positionner comme leader mondial du goût et de la qualité, en transformant ses contraintes réglementaires en avantage compétitif : nos produits sont plus sûrs, plus respectueux de l’environnement, plus porteurs de culture. Ensuite, expliciter et mettre en œuvre les réformes indispensables : libérer le foncier, faciliter l’accès au capital pour les jeunes agriculteurs, encourager l’innovation agroécologique et moderniser la gouvernance des SAFER. Ces réformes ne doivent pas être perçues comme des menaces pour les exploitants établis, mais comme des conditions de survie pour l’ensemble du modèle agricole français.

Ainsi, l’agriculture française pourra opposer au Mercosur une stratégie de différenciation qualitative et innovante. Excellence et innovation doivent marcher ensemble : protéger notre héritage tout en préparant l’avenir. Ce double mouvement est la condition pour que la France conserve sa place dans le concert agricole mondial et pour que son agriculture reste un pilier de souveraineté économique et alimentaire.

Mais cette transformation se heurte à une difficulté politique majeure. Le poids électoral des agriculteurs est faible : ils représentent moins de 2 % de la population active, et leur voix ne pèse guère dans les urnes. Quant aux investisseurs financiers, indispensables pour soutenir l’innovation, ils sont impopulaires dans l’opinion publique, souvent perçus comme des prédateurs plutôt que comme des partenaires. Entre une base électorale trop réduite et des acteurs économiques mal aimés, la question foncière et agricole peine à trouver une traduction politique. Ce silence contribue à maintenir le statu quo : un système figé, protégé mais vieillissant, dont la réforme est pourtant indispensable pour l’avenir économique et alimentaire du pays